Universal Monsters : de l’âge d’or au Dark Universe

Dans cet article, je vais te montrer comment les Universal Monsters ont traversé l’histoire du cinéma. Donc, avant d’aller plus loin, qui sont-ils ? Ces monstres sont ceux qui ont fait les beaux jours de Universal. On peut citer le fantôme de l’opéra, le loup-garou, Dracula ou encore le monstre de Frankenstein. Mais ces personnages n’ont pas été créés par la société de production en question.

Avant tout, ils sont issus de la littérature, Universal ne marque pas les débuts de ces créatures sur la pellicule. On peut penser au premier film sur le monstre de Frankenstein en 1910 produit par le studio de Thomas Edison ou encore Nosferatu en 1922 reprenant le mythe de Dracula. Mais avec l’arrivée du Dark Universe dans nos salles, ce qui m’intéresse ici c’est de revenir sur l’évolution de ces monstres à travers les productions du studio Universal.

vampire

 


Les années 20-30, début des Universal Monsters

Les Universal Monsters ont perduré jusque dans les années 60, mais leur âge d’or réside dans les années 20 et 30. Tout commence en 1923 avec le film Notre-Dame de Paris. Suite à ce succès, Universal continue sur sa lancée en produisant des films de monstres. Des créatures tellement emblématiques qu’on les nommera les Universal Monsters. Durant cette période, des prouesses sur le maquillage vont voir le jour et inspirer les plus grands cinéastes et techniciens qui suivront.

Et là, il faut que je te parle de Lon Chaney, un acteur hallucinant qui a su donner vie aux monstres qu’il a incarnés. En effet, cet interprète de Quasimodo dans Notre-Dame de Paris n’avait personne pour le maquiller. Résultat, il s’est transformé lui-même en cherchant de nombreuses astuces qui resteront gravées dans la pellicule. Aujourd’hui encore, le maquillage pour Le Fantôme de l’Opéra en 1925 reste une référence !

Tellement réaliste et novateur pour l’époque qu’il est encore difficile de penser aujourd’hui que c’est une illusion. La puissance du travail de Chaney réside notamment dans sa capacité à rendre humains les monstres qu’il incarne. Ce ne sont pas que des monstres, le spectateur a de la compassion pour ces personnages défigurés, et ça, Universal l’a bien compris.

Faire preuve d’humanité envers les monstres qu’adapte Universal, l’une des clés pour rendre un monstre intéressant. Il faut aller au-delà de la simple figure monstrueuse. Pour cela, quoi de mieux que de réaliser un film sur le monstre humanoïde le plus incompris de la littérature gothique : le monstre de Frankenstein.

En 1931, James Whale réalise Frankenstein, sans doute le film le plus culte de l’âge d’or de ces Universal Monsters. La créature, incarnée par Boris Karloff, devient alors le porte étendard de cette invasion de monstres à Hollywood. Le tout grâce à l’impulsion de Carl Laemmle Jr. qui dirige désormais le studio. Sans oublier, la même année, Bela Lugosi avec le rôle du comte Dracula dans le film de Tod Browning (qui réalisera Freaks l’année suivante).

Boris Karloff est le monstre de Frankenstein qui aura marqué l’inconscient collectif. Encore aujourd’hui, les représentations du monstre ont tendance à aller dans le sens de cette version de 1931. Et des personnages comme le majordome de la famille Addams s’en sont beaucoup inspirés. Pour Frankenstein, Dracula, et les films à venir, il n’est plus question de demander aux acteurs de créer leur propre maquillage, un technicien entre alors en jeu : Jack Pierce.

Maquilleur de talent, il ne semble pas être très apprécié des acteurs sur lesquels il a travaillé. Il aura tout de même contribué à donner des créatures emblématiques du cinéma à Universal. Il sera finalement renvoyé du studio en 1947 laissant derrière lui son travail sur le monstre de Frankenstein et sa fiancée, Dracula, la momie, l’homme invisible ainsi que le loup-garou.

Carl Laemmle Jr. met en place les films avec les monstres qu’il va exploiter. Il y a Frankenstein (1931), Dracula (1931), La Momie (1932), L’Homme invisible (1933), Le Loup-garou (1941), Le Fantôme de l’Opéra (remake de 1943) et plus tardivement L’Étrange Créature du lac noir (1954).

Ces personnages auront leurs suites, le studio exploitera le filon jusqu’à faire s’affronter certains monstres entre-eux. On peut penser à Frankenstein rencontre le loup-garou (1943), La Maison de Frankenstein (1944) ou encore La Maison de Dracula (1945). Après plus de 30 ans d’exploitation, Universal passe à autre chose et une autre société, cette fois-ci anglaise, vient prendre le marché du film de monstres.

 


Les années 60-70 : La Hammer, renaissance des monstres

La Hammer : un petit détour sur cette société de production, passage obligé si je te parle des Universal Monsters. Un studio britannique qui aura inspiré les plus grands cinéastes. De Roman Polanski avec Le Bal des vampires (1967), en passant par Christophe Gans, l’empreinte du studio est palpable à travers l’histoire du cinéma.

Elle existe depuis le milieu des années 30, mais elle connaît son âge d’or du milieu des années 50 aux années 70. Le succès du studio commence en 1957 avec Frankenstein s’est échappé. Une adaptation du roman Frankenstein de Mary Shelley, devenu libre de droit. Concernant les acteurs, Victor Frankenstein est incarné par Peter Cushing (star de la BBC à l’époque et l’amiral Tarkin dans Star Wars). Christopher Lee joue la créature, lourde tâche que de succéder à la célèbre version de 1931.

Le monstre est complètement réinventé, l’horreur et le dégoût s’installent, la stupeur des spectateurs est au rendez-vous. Le visage à lui seul évoque un être humain assemblé morceau par morceau. Les deux acteurs deviendront alors indissociables du studio. Peter Cushing et Christopher Lee sont à la Hammer ce que Tom Hanks est à Spielberg. Ils y incarnent de multiples personnages, Christopher Lee étant principalement connu pour son rôle de Dracula.

Le studio s’impose dans ce cinéma de genre avec le technicolor. Avant lui, la couleur n’était pas vraiment répandue dans les films de monstres. Chez Universal, il y a entre autre le remake du Fantôme de l’Opéra en 1943. Mais c’est surtout car nous sommes face à une comédie musicale bien plus qu’à un film de monstres. Dans les productions britanniques, le sang est rouge, les couleurs sont explosives, mais pas seulement, c’est aussi le terrain de jeu du sexe et des corps nus.

« Depravity », « dépravation » en français, voilà comment les censeurs anglais désignaient la Hammer durant son âge d’or. Mais ce qu’ils n’ont pas vu venir, c’est que leur croisade réactionnaire deviendra l’élément moteur de ces productions. La censure donne de l’impulsion aux films et la Hammer cherchera souvent le X-Rated. C’est une classification destinée aux films érotiques, équivalent de notre interdiction aux moins de 16 ans en France.

Un argument marketing que le studio cherche à mettre en avant puisque certains de ses films étaient renommés en fonction du X-Rated. Ainsi The Quatermass Experiment (1955) sera renommé The Quatermass Xperiment pour insister sur la censure du film.

La Hammer, durant cette période, ne sera pas connue uniquement pour ses monstres mais bien pour le mélange de l’horreur et du sexe. Elle n’est plus qu’une simple société de production de films de genre, elle devient un objet politique. Si t’étais l’étudiant qui manifestait à la fin des années 60, la Hammer était certainement dans tes références cinématographiques. D’ailleurs, le déclin de la société de production débutera à un moment clé de la société britannique, lorsque celle-ci reviendra à un système conservateur en élisant Margaret Thatcher.

 


Les années 80-90 : Universal déterre les morts

Retour chez Universal pour représenter les monstres d’une nouvelle manière. Les années 80 deviennent les années bénies du film de monstres. Les nouvelles techniques permettent de montrer des scènes impossibles à représenter auparavant.

C’est à ce moment que les grands noms du practical effect font leur entrée, étant pour certains fans des demi-dieux (je suis certainement un de ces fans). Rick Baker, Rob Bottin, Stan Winston, des héritiers de Lon Chaney et Jack Pierce qui t’ont fait rêver sur les Gremlins, Dark Crystal, Star Wars, The Thing. Aujourd’hui, ils sont plus ou moins méprisés par les producteurs.

Je te laisse jeter un œil à l’affaire The Thing (2011), Amalgamated Dynamics avait tous les éléments de practical effect pour que finalement la production dise de tout jeter parce que le CGI était plus réaliste (LOL !!! c’est rigolo cette excuse quand on voit les vidéos des animatronics !). Bref, revenons sur le retour des monstres chez Universal.

C’est donc l’avènement du practical, « monstre » rime avec « monstration », il faut tout montrer, principalement la transformation. Des remakes font leur apparition afin de créer ce que les technologies des prédécesseurs ne pouvaient réaliser. Ainsi, en 1986, La Mouche de David Cronenberg nous montre la transformation progressive de Jeff Goldblum contrairement au pré-remake The Fly de 1958.

La Féline de 1982 ne laisse plus libre cours à la suggestion par le hors champ comme le faisait Tourneur 40 ans plus tôt. Les années 80 regorgent de films de ce type, et, chez Universal, tout commence avec un pionnier du genre, Le Loup-garou de Londres en 1981.

Remake du long métrage de 1941, le film est réalisé par John Landis (réalisateur du clip de Thriller l’année suivante), résultat d’un scénario qu’il avait écrit en 1969. Pour les effets spéciaux, Rick Baker est aux commandes. Un grand nom du practical effect qui a travaillé pour Tim Burton et d’autres cinéastes reconnus.

Anecdote intéressante, au même moment, Rick Baker est engagé pour Hurlements de Joe Dante, un autre film de loup-garou. Baker travaillera alors sur Le Loup-garou de Londres tandis que son assistant de l’époque, Rob Bottin (connu pour The Thing, Explorers, Legend), s’occupera du monstre du film de Joe Dante.

C’est à ce moment que l’on entend parler du terme « make up FX » (« maquillage spécial en français »), Le Loup-garou de Londres sera d’ailleurs le premier film à remporter l’oscar du meilleur maquillage. Cette récompense est amplement méritée, c’est la première fois que l’on met en image de la sorte une telle transformation. On y voit la douleur et les étapes qu’endurent le personnage durant son basculement vers la monstruosité.

Les années 80 connaîtront beaucoup de monstres, mais concernant les Universal Monster de l’âge d’or, on ne peut compter que sur le film de John Landis au sein du studio. Il faut alors s’orienter ailleurs avec Dracula de Coppola, qu’il a produit, tout comme Frankenstein en 1994. Mais la plupart de ces films ne connaissent pas le succès et sont tombés dans l’oubli.

Les Universal Monsters dans les années 90 sont absents, à l’exception d’un film, La Momie. Réalisé par Stephen Sommers en 1999, il reprend le film de 1932. Son succès fera que le studio lui accordera deux suites et une saga consacrée au roi Scorpion. Mais cette volonté d’exploiter le succès marque la décadence du studio dans son utilisation des Universal Monsters durant les années 2000.

 


Nouveau millénaire : des monstres sur les rotules

Les années 2000, le gouffre total pour ces monstres devenus has-been et pourtant si glorieux durant plusieurs décennies. Alors que chez Columbia Pictures, Paul Verhoeven dérange avec Hollow Man en 2000, Universal utilise sa momie pour un deuxième opus en 2001, encore un succès.

Qui dit succès dit surenchère, et là c’est le spin-off sur le roi Scorpion en 2002. Le film parvient à faire des bénéfices mais la critique est tellement négative qu’il n’aura droit qu’à trois suites (pour le moment) sorties directement en DVD. De son côté la momie connaît son troisième opus en 2008, un échec cuisant que Rachel Weisz a senti venir puisqu’elle a refusé de reprendre le rôle d’Evelyn…

Euhhh… Que se passe-t-il ? Pourquoi j’ai accepté de faire ce troisième opus !

Le Roi Scorpion n’est pas le seul à connaître le Direct to DVD après un premier opus lamentable. Van Helsing sort en 2004 et même si Hugh Jackman donne l’impression que Wolverine débarque au pays des monstres, le film sera une catastrophe qui vaudra à la suite une sortie DVD. En 2010 c’est le loup-garou qui revient avec The Wolfman de Joe Johnston, réalisateur du mal aimé Jurassic Park III. Un casting au top, Benicio Del Toro, Emily Blunt, Anthony Hopkins, et pourtant, le film reçoit un accueil mitigé et ne marque pas les esprits…

Universal ne sait plus vraiment quoi faire si ce n’est produire des Fast & Furious. Ceci afin de nourrir des spectateurs comme on gave une oie pour les fêtes de fin d’année… Puis le studio a une idée, créer un univers partagé entre les monstres comme durant l’âge d’or. Même si dans ce cas précis, on est plus dans l’intention de copier la réussite financière de Marvel Studios. En effet, les personnages ne sont plus des monstruosités mais bel et bien des super héros…

Dracula Untold débarque en 2014, et même si Universal ne fait que le distribuer, le film était censé ouvrir les hostilités d’un univers partagé. La scène finale se passant à notre époque, on aurait pu imaginer un lien avec La Momie (1). Le film se pète ses petites dents de vampire super héroïque twilightisé et ne marquera pas l’ouverture du Dark Universe.

La Momie, réalisé en 2017, devient donc le film qui ouvre les portes de ce Dark Universe. L’équipe « créative » (et là je peux te dire que les guillemets sont obligatoires) est composée d’Alex Kurtzman, Chris Morgan, Christopher McQuarrie et David Koepp. Cette fine équipe veut donc nous offrir un univers riche en personnages. Parmi les créatures on peut compter sur la momie, le monstre de Frankenstein et sa fiancée, l’homme invisible et le loup-garou.

Et un nouveau personnage fait son entrée dès le premier film, son nom, le Dr. Jekyll (et Mr. Hyde). Et si Universal a produit un film sur le personnage en 1917, durant l’âge d’or, il ne l’a pas exploité. Il aura fallu se tourner vers Paramount et Rouben Mamoulian en 1931. Un chef d’oeuvre, notamment pour sa scène mythique de transformation.

Mais une question se pose : comment faire un univers intéressant et cohérent quand l’équipe « créative » ne parvient déjà pas à le faire sur un seul film ? La Momie est un échec, la critique et les spectateurs le mitraillent tant le film n’a de monstrueux que sa narration des plus simple, pour ne pas dire simplette… Si c’était possible certains commenceraient à récolter de la caillasse pour une lapidation de ce long métrage, et moi le premier…

Espérons que le prochain film soit à la hauteur de nos attentes (qui ne sont pas très élevées). D’ailleurs, ce sera La Fiancée de Frankenstein réalisé par Bill Condon, décidément après La Belle et la Bête, ce réalisateur est abonné aux remakes… Et comme il a travaillé sur Twilight, je mets un billet sur un remake pour adolescentes !

 


Conclusion

Nous avons vu comment ont évolué les Universal Monsters depuis leur âge d’or. Et j’ai tout de même l’impression qu’il y a là un paradoxe… Ces monstres affiliés à Universal se portent bien mieux sans le studio qui les a mis sous les projecteurs.

Après l’âge d’or de ses créatures, les succès n’ont jamais été produits par Universal. On retiendra principalement deux films : Le Loup-garou de Londres et La Momie. Et après ce démarrage des plus lamentable pour le Dark Universe, je ne vois pas comment te donner de l’espoir pour la suite…

J’aurais pu te parler des films qui traitent ces personnages d’une autre manière. Notamment Monster Brawl (2011) où les monstres s’affrontent sur un ring de catch ! Complètement délirant ! Il y a aussi des comédie comme Un amour de Frankenstein (1991), DVD qui est une copie de VHS usée… Mais s’il y a un film à ne pas oublier, c’est la fabuleuse parodie de Mel Brooks : Frankenstein Junior (1974).

Peut-être qu’un jour je ferai un détour sur ces films qui ont détourné les monstres pour en faire des comédies, des films blaxploitation ou encore des Teen Movies comme Teen Wolf avec Michael J. Fox. Et pour faire découvrir les Universal Monsters aux plus jeunes enfants, la solution reste sans doute les séries Scooby-Doo qui puisent dans ces univers gothiques.

Et toi cher cinéphile, es-tu un adepte du cinéma de monstres ? Si oui, balance nous tes meilleurs film ! Et si c’est tout nouveau pour toi n’hésite pas à nous dire si cet article t’as été utile !

 


(1) Ma critique critiquable de La Momie (2017)

Sources :

KORKIKIAN Jérôme, Terreur et glamour – Montée et déclin du studio Hammer, 2017.

PONCET ALEXANDRE, PENSO Gilles, Le Complexe de Frankenstein, 2015.

VariantComics – Origin of the Universal Monsters

DANS LES GRIFFES DE LA HAMMER – Conférence au Festival de Gérardmer en 2015


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