Night Shyamalan : Une filmographie uniquement centrée sur la peur ?

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Je suis sûre que vous avez déjà vu des films de Night Shyamalan, sans savoir qu’ils étaient de lui.
Si je vous dis Sixième Sens, Incassable, Signes, Le Village, ça vous parle certainement. Et maintenant vous vous dites sûrement, ah oui, les films de Shyamalan, je connais, ce sont des films qui font peur, des films angoissants avec un retournement de situation à la fin. Oui, mais pas que… Alors si vous le voulez bien, essayons d’aller un peu plus loin dans son oeuvre afin de comprendre son style cinématographique.

Bien sûr les films de ce réalisateur sont des films de suspense et d’angoisse, mais une question se pose. En fait, que cherche-t-il ? Veut-il simplement nous effrayer ou alors faut-il y voir autre chose ?

Avant de répondre à cette question, une courte présentation du metteur en scène s’impose.

 


QUI EST NIGHT SHYAMALAN ?

Réalisateur, scénariste, producteur et acteur d’origine indienne, Night Shyamalan est né le 6 août 1970 à Pondichery. Il a passé toute son enfance dans la banlieue de Philadelphie aux Etats-Unis. Très tôt, il s’oriente vers une carrière de réalisateur. Il écrit lui-même les scénarios de ses films, dans lesquels il fait souvent une brève apparition, comme Hitchcock le faisait en son temps.

Sixième Sens, sorti en 1999, véritable succès critique et commercial, le propulse directement dans la cour des grands. Depuis il n’a pas cessé de tourner avec plus ou moins de réussite, mais avec sa dernière production en date, Split, il est revenu à son plus haut niveau.

7 FILMS / 7 MESSAGES DIFFÉRENTS

Pour faire passer ses messages, le réalisateur utilise la peur à travers des histoires arrivant à des personnes ordinaires. Nous sommes toujours plongés dans des familles banales, qui mènent la vie de tout un chacun, jamais de luxe ni de vie hors norme. Et c’est particulièrement troublant de voir que c’est dans ce contexte de normalité que vont se dérouler des événements extraordinaires. Prenons le cas de Sixième sens.

 


1 – SIXIÈME SENS : La mort

Film fantastique sorti en 1999, avec Bruce Willis, Haley Joel Osment et Toni Collette.

« Je vois des gens qui sont morts »

Le Dr Malcom Crowe (Bruce Willis) est psychologue pour enfants. Un jour, le maire de Philadelphie lui remet une distinction pour son travail brillant. Le soir même, il est agressé à son domicile par un ancien patient qui lui tire dessus et retourne son arme contre lui. Puis nous le retrouvons, quelques temps plus tard, devant le cas d’un enfant qui prétend voir des personnes qui sont mortes.

Le cadre de ce film est celui d’un homme ordinaire, qui mène une vie simple et qui rencontre des problèmes de couple ainsi que des échecs professionnels. Et c’est là qu’intervient la patte inimitable de Shyamalan. Il utilise la peur comme support pour mettre en relief l’idée de son film et servir son propos. Tout le monde connaît l’histoire de ce film génial, qui nous tient en haleine du début à la fin et au twist final particulièrement réussi. Certes on a peur, une peur comme celle que l’on éprouvait enfant, une histoire de fantômes, ça fait toujours sursauter !

Mais est-ce bien là le sujet du film ?

N’est-ce pas plutôt d’une autre peur dont il s’agît. Celle inhérente à la condition humaine : la peur de la mort. Que se passe-t-il après ? Où allons-nous ? Que devenons-nous ? Que faut-il craindre ? Et si les morts avaient quelque chose à nous dire ? Alors finalement, devenir un fantôme est moins effrayant, parce que cela signifie qu’il y a quelque chose après la vie. En fait, le propos de cette fiction n’est-il pas simplement de porter un regard sur notre société, bien trop conformiste, qui refuse de croire en ce qu’elle ne comprend pas.

Bande annonce de Sixième Sens

 


2 – INCASSABLE : La différence

Thriller atypique sorti en 2000, avec Bruce Willis, Samuel L. Jackson et Robin Wright.

« Je ne suis qu’un homme ordinaire »

David Dunn (Bruce Willis) est un banal gardien de sécurité à Philadelphie. Du moins, c’est ce qu’il veut croire. Elijah Price (Samuel L. Jackson) lui, n’est pas comme tout le monde. Il souffre de la maladie des os qui cassent et on le surnomme l’homme de verre. Un jour, lors d’un accident de train, le seul survivant de la catastrophe, c’est David. Et voilà le point de départ de la rencontre entre ces deux personnages différents, mais qui sont chacun à la recherche de leur propre identité.

Dans ce long métrage, la peur que devrait ressentir le spectateur, Shyamalan l’a transposée à l’intérieur de son personnage principal, elle réside en lui. C’est ce qui donne au film sa tristesse absolue, et le jeu de Bruce Willis colle parfaitement à l’ambiance. Il a peur de sa différence et il passe la majeure partie de sa vie à la nier. Il ne veut pas l’admettre, parce que ça l’effraie. De plus, son couple est à la dérive car il s’en éloigne, comme pour protéger sa femme de ce qu’il est vraiment. On sent bien son désarroi et sa solitude !

Le fils de David lui, croit dur comme fer que son père est différent, ce qui donne lieu à une scène poignante lorsqu’il veut lui en apporter la preuve. Il pense que son père est invincible, qu’il est un super-héros et donc qu’il ne peut pas mourir. Et ça n’est qu’à la fin du film, lorsque David aura accepté sa différence, qu’il pourra être enfin lui-même !

En fait, la seule peur terrifiante de ce film, c’est celle du regard des autres. Incassable, un film baignant dans l’univers des comics, mais avec la signature inimitable du réalisateur et le talent de deux excellents comédiens !

Pour le film suivant, Shyamalan nous parle d’un questionnement universel.

Bande annonce de Incassable

 


3 – SIGNES : La foi

Film de science-fiction de 2002, avec Mel Gibson, Joaquin Phoenix, Rory Culkin, Abigail Breslin et Cherry Jones. La musique est signée par James Newton Howard, son complice depuis Sixième Sens.

« Est-il possible qu’il n’y ait pas de coïncidence »

La famille Hess vit à Dolerstown en Pennsylvanie. C’est une période difficile pour chacun de ses membres puisque le pasteur Graham (Mel Gibson), le père de famille, a perdu la foi suite au décès accidentel de son épouse. Il tente désormais d’élever ses deux enfants avec l’aide de son frère Merrill (Joaquin Phoenix). C’est dans ce contexte douloureux qu’un matin, la famille découvre dans ses champs de gigantesques crop circles (ensemble de motifs géométriques dessinés dans un champ de céréales et visibles depuis le ciel).

Un récit qui tourne autour du phénomène, non élucidé à ce jour, des cercles de culture. Ce film est une oeuvre majeure du réalisateur, magnifiquement interprété par chaque acteur du film. Mel Gibson est fabuleux avec son jeu tout en retenue et Joaquin Phoenix est très juste lui aussi. Sous couvert de science-fiction, les cercles seraient dessinés par des extraterrestres, Shyamalan nous questionne sur la foi.

Ce peut-il qu’il n’y ait dans la vie que des hasards et des coïncidences, ou alors existe-t-il une puissance supérieure qui nous guide en plaçant des signes sur notre chemin de vie ? La foi peut-elle survivre à l’épreuve de la perte et de la douleur ?

Et bien sûr, le réalisateur nous livre tout cela en créant de l’angoisse et de la peur face à la menace extraterrestre. C’est sa manière de faire. En plus, la place des enfants dans son cinéma est toujours capitale. Ils sont souvent bien plus mûrs que les adultes. Ce sont eux qui les réconfortent et leur montrent la voie. Un film essentiel dans la carrière du metteur en scène.

Bande annonce de Signes

 


4 – LE VILLAGE : L’amour

Thriller fantastique avec Joaquin Phoenix, Adrien Brody et Bryce Dallas Howard, sorti en 2004, musique de James Newton Howard.

« Le monde tourne grâce à l’amour ».

Le Village, c’est l’histoire d’une communauté qui vit dans les bois, à l’écart du monde, et en autosuffisance. Les règles de cette communauté, mises en place par les aînés, sont très strictes. Il est interdit de pénétrer dans les bois car c’est le territoire d’horribles créatures « ceux dont on ne parle pas ». Alors, on suit la vie de ses habitants et le destin de Lucius Hunt (Joaquin Phoenix), qui veut traverser les bois interdits et se rendre en ville pour chercher des médicaments et celui de Ivy (Bryce Dallas Howard), une jeune aveugle, amoureuse et courageuse.

La peur est omniprésente dans ce film. Mais au-delà des créatures horribles qui effraient les habitants de la communauté, il y a la peur de l’autre, de la violence de la société et le choix des anciens du repli sur soi. Maintenir le calme et la sécurité en instaurant des interdits, est-ce bien la solution ? Bien entendu, c’est la jeune génération qui se révélera plus courageuse que ses aînés et surtout la belle Ivy qui, bien qu’aveugle, perçoit et comprend beaucoup.

Avec ce film ayant pour fil rouge l’angoisse et la peur, le réalisateur nous raconte une merveilleuse histoire d’amour, l’amour véritable, qui pousse au dépassement de soi. Alors sans doute face à la violence de la société, l’amour sera le remède.

Tout au long du récit, Shyamalan distille une tension dramatique et une peur de l’inconnu, alors qu’en fait c’est plutôt l’imagination des personnages qui augmente leur frayeur. Rien n’est vraiment montré, tout est suggéré. Et la force de l’amour entre les deux héros est bien plus palpable que n’importe quelle scène suggestive ne le serait.

Dans le film suivant le réalisateur reste dans son thème de prédilection, avec cette fois une histoire de science-fiction vraiment particulière.

Bande annonce de Le Village

 


5 – PHÉNOMÈNES : La nature

Film catastrophe, sorti en 2008, avec Mark Wahlberg, Zooey Deschanel, John Leguizamo et Betty Buckley. Musique de James Newton Howard.

« Dire qu’on pensait qu’on avait tout vu, que l’homme ne pourrait pas faire pire »

Nous sommes à Central Park, lorsqu’un étrange phénomène se produit. Brusquement, des dizaines de personnes se suicident en utilisant n’importe quel moyen à leur disposition. Le phénomène se propage alors à la côte Est des Etats-Unis. C’est là que le gouvernement parle d’une attaque bioterroriste. Elliot Moore (Mark Wahlberg), professeur de sciences, décide de fuir en compagnie de son épouse Alma (Zooey Deschanel) et de son ami (John Leguizamo), accompagné de sa fille. Mais quelle est la véritable nature de ces événements ?

Phénomènes est un film angoissant, avec des scènes chocs et un propos vraiment pessimiste : l’être humain mérite-t-il d’être sauvé ? Son thème principal est celui de l’écologie et de la revanche de la nature sur l’homme, comme Hitchcock l’avait fait avec tout son génie dans son film Les Oiseaux. Et le questionnement est celui-ci. Avons-nous encore le privilège de continuer à saccager la planète en toute impunité, ou est-il déjà trop tard ? Car lorsque la nature se venge, l’homme est impuissant.

Ce film apporte une vraie tension dans l’horreur, avec des scènes hallucinantes qui laissent les hommes sans voix. La musique de son complice de toujours sert à merveille l’ambiance de tristesse et de détresse absolue que Shyamalan véhicule dans cette fiction. La peur ici tient principalement à deux choses. D’abord les gens se suicident, ce qui est choquant et contre nature, voilà un film catastrophe très singulier ! Ensuite, on ne sait pas du tout d’où vient la menace, elle est invisible, nulle part et partout à la fois. Angoissant, non ? Ce long métrage va vous tenir en haleine et la fin va vous effrayer encore plus.

Pour le long-métrage suivant nous plongeons littéralement dans le film d’horreur.

Bande annonce de Phénomènes

 


6 – THE VISIT : la vieillesse

Film d’horreur de 2015 avec Olivia DeJonge, Ed Oxenbould, Deanna Dunagan et Peter McRobbie. Premier film à l’esthétique de found footage pour Shyamalan.

« Ne sortez pas de votre chambre après 9h30 »

Deux adolescents Tyler (Ed Oxenbould) et Rebecca (Olivia DeJonge) partent pour une semaine de vacances dans la ferme de leurs grands-parents, en Pennsylvanie. Ils ne les connaissent pas, car leur mère ne leur parle plus depuis plus de quinze ans. C’est l’occasion, par cette visite, d’apprendre à tisser des liens. Rebecca, passionnée de cinéma, va réaliser le film de leurs vacances, sans se douter que les choses ne vont pas se passer comme prévu.

The Visit est un film pour les amateurs d’épouvante mais qui ne cède pas aux effets spéciaux du genre. Pas de scènes sanglantes, pas de musique stridente. D’ailleurs, le réalisateur a fait le choix de ne pas introduire de bande son pour son film. Il désoriente le spectateur par ce procédé car on ne sait jamais ce qui va arriver. Pas de musique, pas de guide.

Dans ce huis clos caractéristique du film d’horreur, l’angoisse monte petit à petit devant le comportement étrange des grand-parents. La nuit, des scènes bizarres se produisent avec la mamie, et dans la journée le papy cache un lourd secret.

Grâce à la mécanique parfaite du film d’épouvante qui fait monter la tension du spectateur, le réalisateur nous parle de la peur de la vieillesse. Épreuve terrible de la fin de la vie, souvent solitaire dans notre société, avec son inévitable lot de déchéance physique ou mentale. Ce film est politiquement incorrect lorsqu’il nous montre crûment les dégâts subis lorsque l’on devient vieux et la vengeance des vieillards contre les adolescents, pour simplement les punir d’être jeunes : un film horrifique très efficace !

Et enfin son dernier long-métrage en date, un suspense vraiment réussi.

Bande annonce de The Visit

 


7 – SPLIT : La maltraitance

Split ou Divisé au Québec est un thriller psychologique sorti en 2017, avec en tête d’affiche James McAvoy, Anya Taylor-Joy et Betty Buckley, musique de West Dylan Thordson. Énorme succès commercial, il a totalisé en France plus d’un million d’entrées.

« Nous sommes ce que nous croyons être »

Trois adolescentes sont enlevées sur le parking d’un restaurant par Kevin (James McAvoy). Parmi elles il y a Casey (Anya Taylor-Joy) une ado à part, que ses amis trouvent bizarre. Kevin, lui, souffre d’un trouble dissociatif de l’identité et dans son esprit on compte 23 personnalités différentes, qui veulent chacune prendre le contrôle. L’instinct de survie et l’intelligence de Casey vont l’amener à essayer de comprendre son ravisseur, pour tenter de survivre.

Ce film est saisissant, la musique angoissante en augmente la peur et l’on est de suite plongé dans l’univers des films d’horreur. C’est d’autant plus troublant que pour l’écrire Shyamalan s’est inspiré d’une histoire vraie, celle de Billy Milligan, un criminel américain qui souffrait de personnalités multiples.

Un huis clos souterrain digne d’un film d’épouvante, au scénario magistralement construit, à la musique lancinante et aux acteurs époustouflants. Véritable plongée au cœur du cerveau humain et de ses capacités à compartimenter la réalité, pour échapper à l’abjection et à la souffrance. Signalons également la performance de James McAvoy capable, dans un seul plan, de changer radicalement son visage et son jeu d’acteur.

Comme tous ses films, Split est baigné de tristesse et de douleur et le monstre, en fait, n’est pas toujours celui qu’on croit. En se servant du thème du trouble de l’identité et en le plaçant dans un univers de stress et d’angoisse, le réalisateur nous parle du passé comme source de tourment, et des pouvoirs incroyables de l’être humain. De plus, avec une fin réussie en forme de clin d’œil et annonçant son prochain film, Glass, qui devrait sortir en 2019, on peut dire, sans se tromper, que Maître Shyamalan a retrouvé la pleine possession de ses pouvoirs.

Bande annonce de Split

 


En conclusion, je dirai qu’il ne faut surtout pas avoir peur du cinéma de ce talentueux réalisateur, ni même essayer de le classer dans un genre spécifique. Il sera toujours là où on ne l’attend pas ! Et même si la somme de toutes nos peurs lui sert de prétexte, comme d’autres utilisent le rire ou l’aventure, son cinéma reste inclassable.

 

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Quentin Tarantino : Pourquoi ce réalisateur aux 8 succès est-il si génial ?

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3 Comments

  1. Anonyme

    20 décembre 2017 à 16 h 11 min

    un article qui permet de comprendre et d’apprécier Night Shyamalan, bravo

  2. Marie

    25 décembre 2017 à 21 h 14 min

    J avais très peu apprécié « signes » mais grâce à ce super article très complet, je vais me laisser tenter par les films de ce réalisateur que je n’ai pas encore vu.

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