Cinéma d’horreur : Les meilleurs films d’avant 2000

Il est courant depuis quelques années de ne voir fleurir sur nos écrans que des films d’horreur au rabais, souvent blindés de jumpscares pour créer une peur artificielle et ne faisant que se copier les uns les autres.

Heureusement quelques exceptions merveilleuses viennent refleurir le genre (ça fera l’objet d’un prochain dossier, promis ! ), mais elles sont si rares qu’elles font office d’oasis dans un désert de pauvreté artistique.

Pourtant, il fut un temps où il a existé autre chose. Un temps où tout était encore à inventer, et où des réalisateurs se sont attachés à repousser les limites du possible (et du moralement acceptable) pour créer des expériences dérangeantes, angoissantes, mais toujours intelligentes.

Retour sur quelques classiques de l’horreur d’avant les années 2000 pour un retour aux sources sur le cinéma de genre !

Image du film l'exorciste

 

1. Les années 30, l’expressionnisme au service des angoisses existentielles

L’expressionnisme est un courant artistique transmédia qui a débuté au début du siècle dernier en Allemagne. Il est né du traumatisme de la Grande Guerre qui laisse l’Allemagne dans une misère absolue.

En chef de file pour la peinture, nous pouvons retrouver des artistes comme Munch et son célèbre « Cri » qui reflète toutes les ambitions de ce mouvement : visage déformé, couleurs irréelles, paysage flou.

Né après guerre, ce mouvement est hautement subjectif, reflet des angoisses humaines dues à la pauvreté, à la guerre et à la mort.

Au cinéma, l’expressionnisme est l’occasion pour des réalisateurs comme Murnau ou Fritz Lang de développer un univers fantastique, inspiré des codes du merveilleux et du conte. Les bases du cinéma d’horreur sont posées avec des œuvres comme M le Maudit de Fritz Lang ou Faust de Murnau qui puisent dans une esthétique fantastique pour créer des images angoissantes.

Le cinéma d’horreur à ses prémices est avant tout un cinéma intellectuel et artistique, bien loin des films « à sensation » que nous connaissons actuellement. Le but premier est moins d’effrayer que de créer, par le biais d’images terrifiantes, des métaphores sur la condition humaine et de pousser les spectateurs à remettre leurs vies en question.

3 indispensables de l’horreur de cette période :

 


M le Maudit, de Fritz Lang (1931)

Image du film M le maudit

Souvent cité comme l’un des meilleurs méchants de l’histoire du cinéma, le fameux « M » du film est un psychopathe notoire qui assassine des enfants. La police recherche activement le coupable qui ne semble pas avoir de mobile et qui est une véritable énigme pour les enquêteurs.

De nombreuses séquences de M le Maudit sont devenues cultes : le sifflement de « M » qui annonce un nouveau meurtre, son regard halluciné adressé directement à la caméra, la course poursuite dans les entrepôts.

Son noir et blanc contrasté forme une photographie parfaite. Le jeu avec les ombres, le hors-champ et la nuit sont autant d’astuces de mise en scène utilisées intelligemment pour apporter de la tension. Si l’angoisse est bel et bien présente, comme dans tout thriller qui se respecte, ce film surprend avant tout par son immense humanité. Car le titre ne trompe pas : « M » est maudit, malade mental qui tue contre son gré et se bat avant tout contre lui-même dans une société où les personnes hors normes n’ont aucun repère pour évoluer.

S’il était techniquement en avance, c’est avant tout sur son message avant gardiste et humaniste que ce film se démarque. Un bijou du cinéma, tous genres confondus.

 


Faust, de Murnau (1926)

Image du film Faust

Cette œuvre est sans doute la moins abordable de la sélection. Le cinéma muet a assez mal résisté au passage du temps, et cette version de la légende de Faust souffre de quelques longueurs qui brisent l’immersion.

Pourtant, le travail de mise en scène exceptionnel effectué par le génial Murnau mérite que l’on se penche sur ce film. Il conte l’histoire de Faust, un savant juste et droit dont la vie est dévouée au bien. Mephisto, le tourmenteur de l’humanité, considère pourtant que la terre entière lui appartient, mais l’Archange Gabriel évoque le nom de Faust comme dernier rempart contre la domination du diable. Dans son village qui est décimé par la peste, Faust rencontre Mephisto qui lui propose un marché : la vente de son âme contre la guérison des maux des villageois.

 


Freaks, de Tod Browning (1932)

Image du film Freaks

« Haaaaan mais c’est pas un film expressioniiiiiiste ». Certes. Je triche un peu sur ce coup là, mais parler du cinéma d’horreur sans évoquer Freaks serait un peu comme organiser une soirée crêpes sans Nutella : hautement décevant.

Freaks est un film qui, si l’on oublie l’aspect purement technique, n’a pas pris une seule ride. Il a énormément choqué lors de sa sortie, et pour cause : Freaks conte l’histoire d’une troupe de « monstres de foires » (lilliputien, femme à barbe, siamois, nains… ) incarnée par des acteurs jugés difformes. On y suit plus particulièrement Hans, qui meurt d’amour pour la belle acrobate Cléopâtre. Avide d’argent et de pouvoir, elle décide de se servir de cet amour pour lui subtiliser de l’argent. Le complot ne tarde cependant pas à être découvert, et tous les « monstres » de la parade vont obtenir vengeance..

Freaks a posé les bases d’une représentation humaniste des « monstres » au cinéma. S’il a effrayé à cause de son imagerie, il continue aujourd’hui de fasciner à cause de la modernité de son propos sur la tolérance.

Ce film nous montre que les monstres ne sont pas forcément ceux que l’on croit être si l’on se fie à leur apparence. Un message universel souvent repris mais jamais aussi bien mené que dans ce film.

 

2. Le cinéma d’horreur post seconde guerre mondiale : Montrer l’inmontrable et l’immoral en plein âge d’or du Nouvel Hollywood

De grands courants artistiques naissent des traumas de l’histoire. Après la seconde guerre mondiale, les artistes veulent faire face au traumatisme. L’art abstrait, le pop art et le minimalisme réagirent en souhaitant s’éloigner d’un art figuratif. Pour eux, l’image échouerait toujours à dépeindre fidèlement l’horreur de la guerre et le carnage de la Shoah. Il faut donc abandonner le réel pour se plonger dans l’inconnu, seul capable de sauver l’Humain du naufrage.

Les artistes dans le cinéma réagissent de manière inverse. Avant guerre, les jeux d’acteurs étaient souvent exagérés, très théâtraux. Le genre fantastique régnait en maître, et le cinéma était avant tout jugé comme une machine à rêve.

Avant les années 80, l’industrie cinématographique va mal. Les coûts de production dûs à l’arrivée de nouvelles technologies sur le marché augmentent drastiquement tandis que les revenus générés par les films stagnent, créant un manque à gagner énorme pour les studios qui peinent à financer des projets originaux.

En réaction à la main mise des studios sur leur travail, de nouveaux réalisateurs ambitieux commencent dès la fin des années 60 à moderniser le cinéma en se détachant des conventions habituelles. Héritiers des « nouvelles vagues », ils réaffirment le pouvoir politique et social du cinéma en le ré-ancrant dans le réel. Le cinéma n’est plus uniquement une machine artistique ou de divertissement.

C’est dans ce contexte que des réalisateurs vont renouveler le cinéma d’horreur en lui donnant une dimension plus réaliste et viscérale. Là encore, le film d’horreur sert avant tout de vecteur pour des métaphores sociales ou spirituelles. Le sensationnel devient plus important cependant, et certains films font hélas l’impasse de tomber dans de la violence gratuite.

 


Psychose, d’Alfred Hitchcock (1960)

Image du film Psychose

Marion Crane est une femme lassée de son existence pauvre. Même son amant ne peut plus l’épouser car il doit verser une énorme pension alimentaire qui le laisse sans le sou. Alors qu’un jour son patron lui demande de déposer 40 000 $ à la banque, Marion s’enfuit avec l’argent. Elle paye en liquide pour ne pas laisser de traces et s’arrête au Motel Bates pour la nuit, où Norman Bates, jeune homme timide et un peu coincé, l’accueille avec un peu trop d’empressement…

Toutes les bases du cinéma d’horreur moderne sont là. De la musique, dissonante et angoissante, aux jeux de caméra avec le hors-champ, en passant par l’insistance sur les regards effrayés des protagonistes et l’implication émotionnelle du spectateur.

Le tournage fut éprouvant pour tous les acteurs et le réalisateur, qui avouera parfois s’être effrayé lui-même en tournant le film. Il était, à l’époque de sa sortie, l’un des films les plus brutaux et violents jamais réalisés. Et même si la finesse Hitchcockienne fait que le film ne tombe jamais dans la vulgarité, l’on sent aussi la volonté de déranger le spectateur avec une expérience jusqu’au boutiste.

Psychose fut aussi l’un des premiers dans le cinéma d’horreur à se construire sur un « twist » final. Au-delà de l’effet de surprise, l’implication dramatique de ce sursaut de dernière minute nous fait plonger dans une horreur encore plus viscérale, angoissante et machiavélique.

Et impossible de ne pas ressentir un frisson le long de l’échine lorsqu’à la scène finale, Norman Bates, les yeux plantés dans ceux du spectateur, nous adresse son plus beau sourire carnassier…. Culte et sensationnel.

 


La Malédiction, de Richard Donner (1976)

Image du film malediction

Le thème du satanisme est un classique du cinéma d’horreur. Mais il est souvent traité sous un angle très théâtral, impliquant la descente du Diable sur la terre ou des créatures terrifiantes (vampires, monstres, démons) qui travaillent pour le malin.

La Malédiction est l’un des premiers films (et le plus marquant) à placer l’emprise du Diable dans un contexte aussi quotidien.

On y suit l’histoire de Damien, un jeune garçon né le 6 juin 1966, qui commence, lors de son 6è anniversaire, à avoir un comportement étrange. Il est distant avec ses proches, inquiète les nourrices, et semble même pousser l’une des domestiques à se tuer le jour de la cérémonie de son anniversaire. Son père va alors mener une enquête pour apprendre que son fils n’est autre que la réincarnation de l’Antéchrist.

Les enfants au cinéma sont sacrés. Présentés comme la figure même de l’innocence, ils sont, dans le genre du cinéma d’horreur, souvent victimes de bourreaux ou de maléfices. La Malédiction renverse la tendance en faisant de l’enfant la figure centrale du Mal avec toute son ambivalence. L’enfant, fragile, peut manipuler à sa guise les adultes qui ne savent comment se comporter avec lui. Et qui se méfierait de son sourire si calme, si placide, même quand la domestique se suicide sous ses yeux ?

La bande son compte parmi les meilleures composées pour un film d’horreur, et si quelques effets spéciaux peuvent avoir mal vieilli, la Malédiction est un classique qui n’a jusqu’alors jamais été égalé.

 


L’Exorciste, de William Friedkin (1973)

Image du film exorciste

Après le satanisme, voici la possession. Ce thème est devenu un classique du cinéma d’horreur éculé et souvent lourdingue. Mais l’Exorciste, l’un des premiers du genre, a marqué les esprits pour longtemps.

Il conte l’histoire de Robbie, une jeune fille possédée par le démon Pazuzu qui subit un long et violent exorcisme.

Éprouvant, c’est le premier mot qui vient à l’esprit lorsque l’on pense à ce film. Le rythme est tendu et l’angoisse permanente. Le film se construit sur un crescendo dans l’horreur. La dernière demie-heure est construite sans pause narrative et l’exorcisme devient de plus en plus obscène, violent et dérangeant au fur et à mesure que le démon se révolte.

Dans ce film, rien n’est censuré, les scènes sont longues et intenses. Le spectateur n’est jamais épargné et le réalisateur repousse à chaque scène les limites du moralement acceptable au cinéma. Si aujourd’hui certaines images peuvent paraître fades, l’horreur et l’angoisse, plus de 40 ans plus tard, sont toujours présentes.

 

3. Le cinéma d’horreur des années 80 et 90, un nouveau souffle venu du mélange des genres

Si le cinéma de genre issu d’une contre culture très populaire fleurit durant les années 70, son succès s’essouffle au milieu des années 80.

La formule est souvent répétitive dans le cinéma de genre. Il est surcodifié à l’extrême, et les réalisateurs ont du mal à dépasser ces codes. Bref, le public a soif de nouvelles expériences, et commence à se lasser.

La survie pour le cinéma d’horreur semble résider dans le mélange des genres. Chaque sous genre du film d’horreur, du film de zombie au film de traque, commence à être mélangé à un autre pour créer des mutations hybrides parfois à la limite du nanar, mais provoquant souvent des mélanges détonants.

Les années 90 sont aussi le règne des blockbusters initiés dans les années 80. Les bons films d’horreur se serviront toujours de leur aspect jusqu’au boutiste pour délivrer un message. Mais c’est aussi à cette époque là que la flopée de films «  à sensation » qui continue à nous inonder a débuté, créant pour la première fois un décalage immense entre des productions à gros budgets au fond très pauvres et des œuvres toujours aussi riches et complexes, tirant parti de leur contexte de production pour délivrer une vision du monde.

 


Massacre à la Tronçonneuse, de Tobe Hooper (1982)

Image du film massacre

On suit dans ce film un groupe de 5 amis qui partent en road trip avec une fourgonnette. Alors qu’ils sont à cours d’essence, ils s’arrêtent dans une maison abandonnée pour y passer la journée, mais chacun des membres du groupe finit par disparaître mystérieusement en s’éloignant plus profondément dans le jardin.

Ce film pose les bases d’un nouveau genre, le « slasher », hériter des films de traque, des polars et des films de monstres. L’hémoglobine et la provocation sont les maîtres mots du genre qui cherche avant tout à choquer en montrant le plus de morts choquantes possibles.

Si le genre est devenu un peu décérébré au fil du temps, se contentant souvent d’un étalage de violence gratuite et vulgaire, Massacre à la Tronçonneuse porte un regard critique et acerbe sur la misère dans le sud des Etats-Unis. Il dénonce la nonchalance des autorités qui délaissent les miséreux jusqu’à les transformer en véritables monstres, revenant à la bonne vieille métaphore de la créature fantastique utilisée pour dénoncer la condition humaine.

Un intemporel à l’esthétique sale qui reste toujours aussi dérangeant à visionner.

 


Alien, de Ridley Scott (1979)

Image du film alien

L’équipage du Nostromo, un navire marchand, sur son trajet de retour, reçoit un signal de détresse provenant d’une petite planète sur leur chemin. Les membres de l’équipage décident de se rendre sur place pour aider les personnes mais se retrouvent bien vite confrontés à une créature extraterrestre vaguement humanoïde capable de cracher de l’acide, insensible aux balles et aux armes contondantes, qu’ils ramènent accidentellement à bord de leur vaisseau spatial.

Un mélange entre la science fiction, le film de traque et le film de monstre. C’est le pari risqué que fait un alors très jeune Ridley Scott en réalisant Alien, que beaucoup prédisent comme un projet mort dans l’œuf.

Le génie de Ridley Scott est de ne jamais trop montrer sa créature, laissant planer le doute sur son apparence et ses capacités durant le film. En tant que spectateur nous sommes au même niveau que les acteurs et nous apprenons à identifier la menace en même temps qu’eux progressent.

Trop ambitieux, pas assez de budget, Ridley Scott voit « trop loin ». Il décide pourtant de ne rien céder et réalise un des plus grands chefs d’œuvre de la SF et de l’horreur, dont les (hélas médiocres) suites continuent à pulluler plus de 30 ans après. Terriblement stressant, Alien opère une progression dans l’angoisse finement menée.

 


Ring, de Hideo Nakata (1998)

Image du film ring

L’histoire d’une cassette maudite qui tue celui qui la regarde au bout de 7 jours.

Rien de plus simple, voire simpliste, à priori. Pourtant Hideo Nakata, en mélangeant intelligemment le film de possession, le film de traque et le polar, réactualise totalement le mythe de l’exorcisme en se servant de la technologie comme moteur de l’exorcisme (télévision, cassettes, téléphone).

En mettant en scène cette cassette maudite qui transite de personnes en personnes, Hideo Nakata dénonce intelligemment dans Ringle nouveau règne de la télévision et des médias qui « possèdent » littéralement les âmes des spectateurs.

Si le remake Américain de 2003 était très convainquant, l’original a une saveur particulière teintée de mythes japonais qui apportent un vrai vent de fraîcheur à un genre en crise. Jamais les suites ou les reboots n’ont pu exprimer aussi bien que ce premier opus toute la peur liée à la surconsommation d’images télévisées, devenues synonymes d’une malédiction.

 


Il n’y a rien qui m’énerve plus que la réflexion basique d’une personne qui nous demande :

« Pourquoi regardes-tu des films d’horreur si ça te fait peur ? Je ne comprends pas le plaisir que l’on peut éprouver à avoir peur ».

Si l’on peut découvrir le genre, à la base, pour son côté sensationnaliste, on continue à s’y intéresser par intérêt pour les métaphores et les ficelles de mise en scène déployées pour toujours remettre en question le monde dans lequel on évolue.

Rejeter le cinéma d’horreur, c’est nier tous les intérêts qu’ont eu ce genre dans l’industrie cinématographique. Que l’on éprouve de l’intérêt pour ces films dans leur apport artistique, politique, ou même sensationnaliste, il est de bon ton de revenir à la source du genre pour comprendre à quel point il est urgent que le cinéma d’horreur trouve aujourd’hui un second souffle.

 

Et vous, quels sont vos films d’horreur préférés de ces années là ? Y a-t-il une période que vous préférez particulièrement ? Êtes-vous plus films anciens ou modernes ? Dites-nous tout en commentaire !

 


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