Paysage, famille et sensation : le cinéma de Jeff Nichols

Réalisateur Jeff Nichols

Jeune, passionné et émotif ; voilà comment nous pourrions décrire le réalisateur Jeff Nichols.

Bien que ces mots semblent logiques, il paraît bon de les rappeler tant ils sont visibles au sein de ses films. Après cinq longs métrages, Nichols a réussi à développer une œuvre singulière et personnelle, abordant des sujets familiaux atypiques et se situant dans des paysages connus par le réalisateur.

En cela, il rappelle la méthode Scorsese, qui consistait, et qui consiste toujours, à filmer ce que nous connaissons le mieux : le quotidien tout en le rendant cinématographique : New-York pour Scorsese, l’Arkansas pour Nichols. Lier ces réalisateurs n’est pas anodin, car ils ont, tous les deux, été les représentants d’une nouvelle génération de cinéastes. Faut-il rappeler ce qui a constitué le fer de lance de la nouvelle vague américaine au cours des années 1960 – Scorsese, Coppola, Spielberg, Lucas et De Palma ?

Film Midnight

Quoi qu’il en soit, Nichols peut être vu comme le représentant international de cette nouvelle « nouvelle vague ».

Habitué de la croisette, ses films sont vus aujourd’hui par des milliers de spectateurs à travers le monde et, sa renommée grandissant d’année en année, nous pouvons lancer les paris que, d’ici quelque temps, sa popularité sera aussi importante que celle du petit gars de la Little Italy aujourd’hui.

Né en 1978 à Little Rock (Arkansas) au sein d’une famille de classe moyenne, Nichols vit une enfance classique et heureuse. Il part étudier à la North Carolina School of Arts (section cinéma) et fait la rencontre de son futur chef-opérateur Adam Stone et du réalisateur David Gordon Green. Après les études, il part directement dans le monde du travail en devenant directeur de production pour un documentaire et en réalisant quelques courts métrages ; l’occasion pour lui d’en apprendre beaucoup sur l’industrie du cinéma.

Puis, arrive enfin le temps de réaliser son premier long métrage : Shotgun Stories.


Jeff Nichols : Shotgun Stories (2007)

Affiche du film de Jeff Nichols shotgun stories

Ce premier long-métrage auto-financé par la famille de Nichols, l’acteur Michael Shannon et lui-même, raconte l’histoire de trois frères qui, apprenant la mort de leur père – celui-ci s’étant remarié et ayant eu d’autres enfants, décident d’aller dire, qui il était vraiment pour eux, le jour de l’enterrement. Ce discours donnera lieu à un important drame familial.

Tourné en 21 jours, acclamé par la critique et les festivals, Shotgun Stories contient déjà tous les éléments qui se retrouveront au sein de son œuvre. Tous les thèmes sont déjà présents.

Le film met en scène trois frères désunis face à leurs demi-frères unis : la famille. L’histoire raconte une querelle au sein de cette famille, querelle qui donnera lieu à des face-à-face et à des giclées de sang, bien que le sang ne soit pas directement montré mais suggéré : la violence.

Les personnages sont issus de la classe moyenne, vivant en autarcie et se contentant de la simplicité de la vie : filmer le quotidien. Et surtout, il développe une méthode de travail basée sur la constitution d’une même équipe qui le suivra de film en film comme l’acteur Michael Shannon ou le chef-opérateur Adam Stone.

Bande annonce de Shotgun Stories

 


Jeff Nichols : Take Shelter (2012)

Affiche du film de Jeff Nichols take shelter

Deuxième long-métrage, Take Shelter, sera l’occasion de faire connaître mondialement ce jeune réalisateur. Grand prix de la semaine internationale de la critique et prix de la SACD, ce deuxième film est un drame apocalyptique tendu et oppressant porté par les incroyables performances de Michael Shannon et Jessica Chastain.

Le spectateur suit ce qu’on peut appeler la « descente aux enfers » du personnage Curtis LaForche, alors sous le joug de cauchemars annonçant une catastrophe. Se rapprochant de plus en plus de la folie, oubliant les règles de la vie en société, son seul but sera de protéger sa famille en agrandissant et en remettant aux normes un abri. C’est l’histoire d’un homme qui essaie de contrôler ce qui est incontrôlable.

L’idée du scénario lui vint alors que Nichols venait de se marier et avait cette sensation de ne plus avoir de contrôle sur sa vie. Il a alors imaginé le personnage de Curtis, dont la peur ne cesse de croître face à une force invisible. Les thèmes présents sont les mêmes que dans son premier long, et pourtant, il intègre ces « codes » au sein du cinéma de genre apocalyptique. Toute la question sera de savoir si Curtis est bien fou.

Bande annonce de Take Shelter

 


Jeff Nichols : Mud (2013)

Affiche du film de Jeff Nichols Mud

Délaissant Michael Shannon pour Matthew McConaughey même si l’acteur fétiche de Nichols est bien présent ici, mais dans un second rôle afin de se détendre de l’ambiance pesante qui régnait sur le tournage de Take Shelter, ce troisième long se veut prendre le point de vue de l’enfance.

Nous suivons les aventures d’Ellis et Neckbone, deux jeunes garçons qui font la rencontre, sur une île, d’une sorte d’homme des cavernes moderne : Mud. En prenant pour base ce trio, l’histoire se voudra mettre en avant les rapports au monde de chacun et la vision qu’ils portent sur ce monde.

Nichols veut mettre en scène des histoires de famille et nous pouvions sentir chez lui, l’envie d’aborder l’histoire du point de vue d’un enfant ; c’est chose faite ici. Plus calme que ses deux premiers films, toute la violence contenue dans le potentiel de l’histoire, sera déchargée au sein d’une longue scène d’attaque à l’arme à feu. Car ici, il est question de parler de l’insouciance, de l’erreur et de la découverte ; finalement, de la bêtise humaine qui peut être vécue à tout âge. Mais ces questions, Nichols les posera à tous les personnages de son récit car il n’y a pas d’âge pour apprendre à se tromper.

Bande annonce de Mud

 


Jeff Nichols : Midnight Special (2016)

Affiche du film de Jeff Nichols midnight special

Il fallait bien s’en douter, tant le cinéaste abordait l’enfance dans son œuvre antérieure, ce quatrième long-métrage la traite du point de vue des parents. Midnight Special peut être résumé ainsi : à la fois film fantastique, de science-fiction et road-movie, avec Michael Shannon, Kristen Dust et Adam Driver constituant un hommage au cinéma de Spielberg – notamment Rencontre du troisième type – et abordant des thèmes comme la croyance, la politique et la famille.

Mais, bien qu’ayant tout pour réussir auprès du spectateur, il n’en demeure pas moins que le jeune auteur-réalisateur a réussi à développer une histoire singulière portée par la musique rétro futuriste de David Wingo.

Nous suivons le personnage de Roy, père ayant kidnappé son fils Alton à une secte l’ayant adopté et croyant fermement qu’en cet enfant se trouve la vérité – dans le sens philosophique – car le petit montre des pouvoirs surnaturels sur lesquels il n’a aucun contrôle. Le film ne sera alors qu’une succession d’étapes afin d’éviter à la fois les fanatiques de la secte et le gouvernement américain, tout en prenant soin du jeune Alton, destiné à un incroyable futur.

Cette histoire a été imaginée alors que Jeff Nichols venait de devenir père et a alors vu apparaître, en lui, des frayeurs à propos du monde dans lequel vivra son enfant. C’est l’histoire d’un père qui essaye de faire au mieux pour son enfant mais qui au final ne parvient pas à avoir le contrôle sur tout. En cela, ce film est très proche de Take Shelter.

Bande annonce de Midnight Special

 


Jeff Nichols en 2017

Vous l’aurez compris, le cinéma de Nichols est tourné vers des histoires de famille, de personnes qui prennent soin les uns des autres, qui ont un rapport au monde difficile mais pas impossible, qui se taisent pour mieux regarder, qui ne sont pas infaillibles mais essaient de faire au mieux.

Le cinéma de Nichols est un cinéma sur les gens d’aujourd’hui, métaphore des sociétés contemporaines et au final, un cinéma que l’on pourrait dire de « l’humain ». Toujours en salle, le dernier long-métrage du réalisateur de 38 ans, Loving, est un biopic racontant la lutte pour l’amour de Mildred et Richard Loving, elle, noire ; lui, blanc au sein de l’Amérique ségrégationniste des années 50’s. Nous n’en dirons pas plus sur le film afin de ne rien dévoiler de cette incroyable histoire car, même si le genre change et que l’histoire n’est pas la même, le cinéma de Nichols se fait écho, sur la mise en images de ses émotions les plus profondes. En une du dernier numéro de la revue La Septième Obsession lui octroyant un dossier de 40 pages, Jeff Nichols abordait son futur projet, parlant d’une grosse production, d’Hollywood et de la grandeur.

Affiche du film loving

Bande annonce de Loving


Mais nous ne sommes pas inquiets, car quelque soit l’argent placé pour un projet, le cinéma de Nichols sera toujours aussi profond et recherché. En effet, l’argent ne fait pas les bons films mais, une équipe soudée et humble réalise des chefs d’œuvres ; Scorsese l’a fait en son temps, Nichols l’a bien compris.

Et toi ? Connais-tu des réalisateurs travaillant avec la même équipe ? Une préférence dans la filmographie de Nichols ? Dit nous ça en commentaire 😉

Nous sommes très heureux d’accueillir Antoine dans la team TOP250 !

Il va réaliser des dossiers complets ainsi que des analyses de films. Antoine est étudiant en Master de cinéma, et dirige une association de productions et d’organisation événementiel. Il pratique également beaucoup la composition musicale, de DJing et la réalisation.

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> A voir aussi, le dossier sur le Storytelling de l’enfance :

De E.T à Stranger Things, le Storytelling de l’Enfance

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Antoine Brünnens. Ma Page Facebook : CASCADE productions Mon profil Top250 : @antoinebrunnens

1 commentaire

  1. Pierre

    5 avril 2017 à 16 h 30 min

    Loving est un petit bijou <3

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