Festival de Cannes 2012 – les films gagnants 1 an après

Que reste-il du festival 2012 un an après ? Marylin est-elle toujours heureuse ?

Ah le festival de Cannes. Rien que d’évoquer son nom, le cœur des cinéphiles se met à battre la chamade. Il faut dire que derrière son image très bling-bling avec strass, paillettes, repas sur des yachts et Monica Bellucci en robe ultra moulante, il y a surtout un VRAI festival de cinéma, si ce n’est le plus grand. Une programmation toujours d’excellente qualité avec des auteurs du monde entier prêt à défendre n’importe quel style, Cannes est un lieu incontournable où se joue le cinéma de demain. Car au-delà de son marché du film permettant la montée de projets inattendu (comme le « Cobra » d’Alexandre Aja qui y a trouvé un financement), il n’est pas rare de voir que les films récompensés à Cannes deviennent les réussites critiques et public l’année d’après. Alors, en cette veille de festival de Cannes 2013, que sont devenus les gagnants et outsiders de l’année dernière ?

Palme d’Or : « Amour » de Michael Haneke

Offrir la Palme d’Or à un film, c’est une bénédiction pour un réalisateur et ses producteurs. Non pas parce que c’est gratifiant, mais parce que ça rapporte de l’argent. BEAUCOUP d’argent. Les distributeurs achètent des Palmes d’Or, le public veut voir les Palmes d’Or et les critiques adorent encenser les Palmes d’Or. Pourtant, 2010 avait rompu cette tradition (Franchement qui a vu « Uncle Boomee qui fait des gauffres » de Apichatpong Weratruc ?). Mais « Amour » reconfirme la règle.

Un succès critique hallucinant, une diffusion médiatique dingue, des tonnes de récompenses aux Césars, aux Golden Globes, aux Baftas, le nouveau film d’Haneke fait l’unanimité… ou presque. Car un élément est encore divisé : le public. Car oui, le public, on ne le trompe pas aussi facilement. Parce qu’il suffit de voir le film pour comprendre deux trois choses :

  • Le film n’est qu’un film français parmi tant d’autres, avec des acteurs français, une prod français et une lenteur française. Ce qui le rend exceptionnel, c’est qu’il n’est pas fait par un français mais par un Autrichien. Alors oui, ça touche dans le monde, mais le public français habitué à ce genre de drame saura tout de même repéré un peu l’entourloupe.
  • Jean Louis Trintignant et Emmanuelle Riva sont vieux et ne verront sûrement pas la Palme d’Or 2014. Triste constat mais force du film car, dans le fond, la vieillesse, c’est touchant. Parce que, ne rêvons pas,  tous ces prix reçus sont à la limite du post-mortem. Sur le coup, tout le monde s’est dit « Oh mon dieu qu’ils sont forts », bien que personne n’en ait eu rien à faire d’eux pendant plus de 60 ans. Alors oui ils sont doués. Mais pas plus que d’autres.
  • Enfin, le public de base se fout de la réalisation du film si ce n’est pas tape-à-l’œil. Or là, tout est en sobriété, tout est en retenue, éclairé simplement et filmé le plus lentement possible.

Cela fait objectivement d’Amour un film magnifique, mais le public non averti, s’il n’a pas passé la soixantaine, ne trouvera rien de très intriguant là-dedans et oubliera très vite le nom d’Haneke avant de retrouver celui de Trintignant et Riva à la rubrique nécrologique.

Verdict : Film moyen (à réserver pour un dimanche pluvieux)

> Détail du film Amour sur TOP250


Prix d’interprétation masculine : Mads Mikkelsen dans « La Chasse »

Difficile de se démarquer derrière un film comme « Amour ». Pourtant, un seul dans les récompensés a réussi à tirer son épingle du jeu, « La Chasse » de Thomas Vinterberg.

Pourquoi ce film et pas un autre ? Parce que le film dérange et que le public raffole de ce qui dérange. Le film traite de l’histoire d’une petite fille annonçant que l’éducateur de sa crèche lui a montré son machin alors que c’est totalement faux puis de la descente aux enfers de cet homme (Petite parenthèse : le film a aussi reçu le prix du jury œcuménique… Coïncidence ? Je ne pense pas).

Ce film est LE SEUL dans les films récompensés à Cannes à avoir été diffusé de façon un peu large. Et même si peu de gens l’ont vu, comparé à la Palme, « La Chasse » surprends. Un film danois, souvent diffusé en VOSTFR, sur une histoire pas franchement super super comique pour une sortie en famille, ça rebute assez. Mais le public se déplace et accepte le postulat du réalisateur. Et comment ne pas être réceptif ? Une tension permanente, une histoire mille fois plus dure qu’« Amour », des acteurs de talents, le dernier Vinterberg ne tombe dans aucune facilité afin de produire quelque chose de viscéral. Et c’est à ce moment-là que l’on commence à se demander comment deux vieux tournants en rond dans leur appart ont pu battre le talent d’acteur de Mikkelsen…

Verdict : Très bon film, à voir !

> Détail du film La chasse sur TOP250


Et les autres récompenses ? Boarf, on s’en fout

Je dois avouer que j’aurai aimé voir les autres films récompensés, j’aurai vraiment aimé… Mais encore aurait-il fallu qu’ils soient BIEN diffusés en France. Car si ce n’est les deux cités précédemment, le reste des récompensés ont été diffusés dans une dizaine de salles en France et je ne vois que deux explications à ce phénomène :

  • Soit « Amour » a vraiment tout parasité, au point que les distributeurs ne s’intéressent qu’à cela avec des œillères tellement ENORMES que tous les autres sont passés à la trappe.
  • Soit la France n’aime pas le risque. Il est facile de distribuer une Palme tant son achat sera vite rentabilisé mais difficile à dire pour les autres. Il suffit d’observer le succès de productions tel que « Bienvenue chez les Intouchables au Camping » pour voir comme il sera difficile de rentabiliser un film roumain ou mexicain face à ce genre de déluge médiatique.

Et voilà le vrai problème des récompenses cannoises. Elles récompensent du Cinéma (avec un grand C).

Les films non primés ou hors compétitions, « Un certain regard » et « Quinzaine des réalisateurs »

On retient, à tort, seulement les films primés durant le festival. Or, dans le cas de cette mouture 2012, ce sont les films non primés qui ont le mieux fonctionné et qui ont bénéficié de la plus grosse couverture médiatique. Pire : Les sélections intermédiaires tel que « Un Certain Regard » ou ceux de la « Quinzaine des Réalisateurs » ont obtenu un succès public assez hallucinant. En voilà une liste non exhaustive :

  • « Moonrise Kingdom » de Wes Anderson : Mon film préféré de l’année. Une fable sur l’enfance d’une poésie assez rare. A voir absolument. (Top 250)
  • « Thérése Desqueyroux » de Claude Miller : Nouveau Audrey Tautou. Il parait qu’elle joue une paumée transie d’amour. Comme toujours depuis dix ans.
  • « Cosmopolis » de David Cronenberg : Le père de « La Mouche » montre que le vampire de Twilight est un très bon acteur en lui mettant un doigt dans le cul. D’énormes longueurs bloquent hélas le plaisir. (Film moyen)
  • « De rouille et d’os » de Jacques Audiard : Bonjour, je suis un film français dramatique avec des acteurs qui pleurent sur des problèmes de société. Non, je ne parle plus d’ « Amour » là.
  • « Sur la route » de Walter Salles : Kristen Stewart nous prouve qu’elle sait sourire et illumine ce film. (Film moyen)
  • « Vous n’avez encore rien vu » d’Alain Resnais : Objectivement, il parait que c’est un bon film. Personnellement, je me suis rarement autant emmerdé cette année. (Nul !)
  • « Cogan : Killing Them Softly » d’Andrew Dominik : Brad Pitt retrouve le réalisateur de « L’Assassinat de Jesse James » et s’offre un rôle de tueur à gage. Pas vu.
  • « Holy Motors » de Leos Carax : CE FILM EST DU GENIE ! JE ME FOUS DE L’OBJECTIVITE, IL FAUT VOIR HOLY MOTORS ABSOLUMENT ! LEOS EPOUSE MOI ! (Top 250)
  • « Mud » : Un film qui a mis un an à sortir. Ma critique ici.
  • « Des hommes sans loi » : Un casting de gros bras qui n’avait hélas pas vraiment sa place dans la filmographie cannoise.
  • « Laurence Anyways » de Xavier Dolan : Parler de la transsexualité n’est pas chose facile. La sublimer l’est encore plus. Mais Xavier Dolan prouve qu’il en est capable. Bravo.
  • « Camille Redouble » de Noémie Lovsky : Endossant les casquettes d’actrice/scénariste/réalisatrice, Noémie Lovsky nous raconte l’amour de ses parents. Magnifique. (Très bon film, à voir !)
  • « Les Bêtes du Sud Sauvages » de Benh Zetlin : C’est mieux qu’ « Amour ».
  • « Paperboy » de Lee Daniels : C’est moins bien qu’ « Amour ».

Et 2013, ça sent bon ?

La sélection 2013 tente de faire disparaître les erreurs du passé en proposant des réalisateurs tous plus différents les uns que les autres mais plus grand public. C’est ainsi que nous verrons moins de films provenant de pays n’existant même pas sur des cartes pour avoir à la place le nouveau Frères Coen, Refn (qui après son magnifique « Drive » a drôlement la pression), Soderbergh, Jarmusch, Ozon, Polanski, Miike, Coppola (la fille, pas le vieux barbu qui ne sait plus filmer) ou encore Sorrentino. Tous des personnes majeures du cinéma actuel venant proposer leur vision du cinéma. Espérons juste que cela ne finira pas comme 2012, avec tous ces réalisateurs exceptionnels laissant sur le banc… Mais seul l’avenir nous le dira.

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Victor (alias Inthepanda). INTHEPANDA est une chaîne Youtube regroupant la chronique fiction « Unknown Movies » réalisée par Victor Bonnefoy, ainsi que toutes ses autres productions.
Page Facebook : @InThePanda – Profil Top250 : MrPanda.

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