Les Disney étaient-ils (vraiment) mieux avant ?

Un adage populaire de mauvaise foi (les mauvaises langues diraient : « de vieux con ») porte à croire que tout était mieux avant, dans un espèce d’âge d’or que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.

L’industrie cinématographique n’est pas épargnée, puisqu’il n’est pas rare de croiser au cours d’une conversation sur Facebook quelques commentaires bien placés qui dézinguent le cinéma contemporain. La grande firme Disney, célèbre pour ses films d’animation, semble être particulièrement touchée par les critiques d’anciens fans qui ne jurent que par l’âge d’or du vivant de Walt.

Et il est vrai que même si le succès financier est toujours au rendez vous, la firme se remet doucement d’une longue traversée du désert critique et artistique poussant les cinéphiles à retenir leur souffle à chaque sortie de peur de nouvelles déceptions.

Un écart semble pourtant se creuser de plus en plus entre une gamme Disney traditionnelle qui, si elle séduit encore, peine à renouveler ses codes, et une gamme Disney très « Pixarisée » sur laquelle souffle un vent de fraîcheur et de créativité.

Parmi les Disney traditionnels, les plus représentatifs du genre sont les Disney Princesses.

 


1. Les Disney Princesses

Cette gamme est avant tout une marque déposée par le marketing servant à la vente de produits dérivés (coucou immonde poupée de Emma Watson en Belle !), mais elle s’est peu à peu déportée sur les films de manière tacite pour les fans.

Pour faire simple, vous prenez toutes les histoires avec une princesse, si possible adaptées de contes traditionnels, et vous fourrez tout grosso modo dans cette catégorie, même si certains films y échappent mystérieusement, comme Brave (sans doute avant tout à cause de son petit flop commercial que par un quelconque racisme anti-Ecossais).

Image du film la reine des neiges

La reine des neiges

Disney Princesses : Amélioration ou désillusion ?

Qu’en est il, donc, de nos chères histoires de princesses ? Résistent elles bien dans le temps ?

Eh bien, force est de constater que le programme de cette gamme lasse. Malgré le succès commercial des dernières grosses sorties de cette catégorie comme La reine des neiges et Vaiana que l’on ne présente plus, le succès critique est beaucoup plus nuancé : d’un côté, les fans hardcore de Disney vantent ces nouveaux films et le public jeune y trouve son compte. D’un autre les critiques ou fans de la première heure semblent se désintéresser de la formule.

En cause : Des scénarios souvent simplistes et déjà vus, dont il semble que la formule se répète de film en film.

L’exemple typique est Vaiana, sorti en décembre dernier. Il conte l’histoire de Vaiana, jeune fille fière née sur une île du Pacifique qui rêve de s’élancer à la conquête de l’océan. Mais son père le lui interdit formellement, condamnant son peuple à rester cantonné à une petite île perdue dans les eaux. Vaiana va devoir apprendre à braver les interdits et faire preuve de courage en défiant son père pour libérer son peuple.

Image du film Vaiana

Vaiana

La recette typique est là : Une princesse rebelle qui va apprendre, au cours d’un périple initiatique, que l’amour et l’amitié sont les plus grandes des valeurs, et qu’il est parfois nécessaire de partir pour trouver sa vraie place dans le monde. Cette quête initiatique, cette prépondérance des valeurs amicales et amoureuses, cette recherche de sa vraie place dans le monde, le tout servi par une narration linéaire extrêmement convenue, font de Vaiana un film qui n’est révolutionnaire en rien dans sa formule.

Pire, il lasse très vite et mène beaucoup à l’ennui. Pourquoi, alors, un tel succès si la narration n’évolue pas de films en films ?

 

Disney Princesses : Tout un paradoxe

Le paradoxe est là : Même si la formule reste la même, Disney a pris conscience depuis quelques années de l’importance de ses messages et tente tout pour les renouveler.

Première amélioration visible : le rôle des femmes n’est plus cantonné à regarder d’un air mélancolique par la fenêtre en attendant le prince charmant. Ainsi, plus de demoiselles en détresse, les princesses sont actrices de leur destin et sont les réels personnages centraux du film (on se rappellera tous d’Aurore censée guider l’histoire de La belle au Bois Dormant mais qui ne reste qu’une vulgaire marionnette manipulée par son père et ses marraines les 3 bonnes fées).

Ce virage n’est pas nouveau, puisqu’il est amorcé depuis les années 90 avec les Mulan, Pocahontas et autres femmes fortes qui guident l’histoire. Mais la tendance s’accentue depuis Raiponce qui a remis les femmes au premier rang.

Image du film Raiponce

Raiponce

Deuxième amélioration : la représentation des personnes non-blanches.

Même pas la peine de chercher avant les années 90, à part quelques comédiens de doublage, il n’y a tout simplement pas de personnes de couleur dans les films Disney. Il faut attendre les années 90 pour que des histoires non centrées sur des occidentaux commencent à voir le jour (Aladdin, Pocahontas et Mulan en tête). Mais la représentation des personnages dans ces films reste problématique, surtout pour les rôles secondaires. Tout juste « bons sauvages » dans Pocahontas, ils sont carrément insultants dans Aladdin avec le rôle stéréotypé et raciste de l’arabe voleur et sournois.

Souvent montré du doigt, le racisme ordinaire des films Disney semble s’atténuer dans les derniers films. Ainsi, on a eu la première princesse Disney Noire avec la Princesse et la Grenouille, et plus récemment notre chère Vaiana qui met en avant une histoire non-occidentale.

Image du film la princesse et la grenouille

La Princesse et la Grenouille

Pour autant, de nombreuses associations ont dénoncé une représentation stéréotypée des peuples du Pacifique dans Vaiana, et une vision très américano-centrée de leur mythologie. Le chemin semble donc encore long à parcourir…

Enfin, et c’est peut-être là le progrès le plus notable dans ces « néo Disney Princesses » : Disney a enfin compris que l’Amour n’était pas la quête principale de la vie. Si Frozen a tant marqué les esprits, ce serait donc bien moins par son histoire somme toute très classique, que par ce fameux « twist » qui a tant surpris à l’époque.

Pour conjurer le maléfice, un acte d’Amour sincère doit être réalisé, et là où il se concrétise habituellement par un baiser entre le prince et la princesse, il se réalise ici lorsque les deux sœurs retrouvent leur amitié détruite par la malédiction.

Plus de grande scène de baisers langoureux, pas de « ils vécurent heureux et eurent plein d’enfants » : ce petit changement est colossal à l’échelle de Disney Princesses qui présentait jusque là l’Amour comme l’accomplissement de la vie (et particulièrement de la vie des femmes).

Une évolution des schémas de représentation, donc. Et même si tout n’est pas parfait, Disney semble avoir compris l’impact qu’ont les images sur le monde, et vouloir faire passer un message beaucoup plus actuel et positif.

L’évolution reste lente, cependant. Et là où la qualité de la représentation évolue, la qualité artistique, elle, semble baisser : rappelez vous de la beauté visuelle d’un Pocahontas ou d’un Tarzan, qui offraient des designs différents à chaque film, des décors à couper le souffle, des musiques originales et travaillées !

Image du film pocahontas

Pocahontas

Depuis Raiponce, tous les chara designs se ressemblent, et même si l’animation reste une valeur sûre (on parle quand même de Disney, bordel !) l’émoi artistique reste souvent en berne. Il n’est d’ailleurs pas rare d’avoir entendu Vaiana se faire qualifier de « Frozen à la mer » tant le travail du directeur artistique reste similaire.

 

Disney Princesses : Pour résumer

Là où les Disney Princesses évoluent sur leur message et mode de représentation, ils stagnent d’un point de vue artistique et narratif, se contentant de réemployer des schémas déjà vus. Les avis sont donc très mitigés entre les fans des premières heures qui ne retrouvent pas la créativité première et les nouveaux venus qui saluent les efforts de la firme. Cela crée des fractures immenses alors que dans les années 90, chaque film de cette gamme faisait l’unanimité.

Mais Disney, ce ne sont pas que les froufrous et les paillettes des princesses, non, ce sont aussi énormément d’autres films qui ont connu, de tout temps, un succès en dent de scie.

 


2. Les Disney « Classiques »

Depuis les années 60 et la fin du premier âge d’or de Disney, des projets comme Oliver et Compagnie ou Basil détective privé ont eu du mal à convaincre, conduisant même la firme à ce que beaucoup appellent « l’âge sombre de Disney ».

Image du film disney

Oliver et Compagnie

A la mort de Walt, le studio peine à se renouveler et se perd dans des styles graphiques peu ambitieux (on se souvient tous de l’aspect « sketch » très brouillon de films comme les Aristochats ou le Livre de la Jungle) qui lassent.

Disney, perdu sans sa tête pensante, touche même le fond avec Taram et le Chaudron Magique qui fait un tel flop critique et commercial que la firme tente à tout prix de faire oublier ce projet au monde entier.

Dans les années 90 cependant, la Petite Sirène (encore un Disney Princesses !) propulse le studio dans ce que l’on appelle communément « le second âge d’or ». Durant cette période, les projets « hors Disney Princesses » fleurissent, pour un succès disons… Mitigé.

Image du film la petite sirene

la Petite Sirène

Les années 90, c’était, pour Disney Animation Studios, une sorte de « laboratoire » où l’on se lâchait pour proposer des Disney hors catégorie, novateurs et originaux. Mais la multiplication des projets, tous très différents, ainsi que la grande différence de tons a fini par perdre le public, qui ne savait plus si Disney s’adressait aux enfants, aux adultes ou un peu aux deux.

Ainsi, si certains projets ont connu un plébiscite unanime (Tarzan, Le Roi Lion, que beaucoup considèrent d’ailleurs comme le meilleur film du studio), d’autres ont eu du mal à trouver leur public lors de leur sortie première. Le cas le plus parlant est celui du Bossu de Notre Dame.

Image du film le roi lion

 

Le bossu de Notre Dame : Ce n’est pas que pour les enfants !

Le projet avait de quoi intriguer déjà à la base : adapter du Victor Hugo en film d’animation pour enfant était un pari osé. Exit Pierre de Gringoire, nous suivons l’histoire du point de vue de Quasimodo, qui a soudainement retrouvé la parole. Nous sommes donc au Moyen ge. Le juge Claude Frollo, cruel et maléfique, est chargé de l’éducation de Quasimodo, jeune bossu transformé bon gré – mal gré en sonneur de cloches. Il le tient enfermé dans la cathédrale Notre Dame de Paris. Un jour, Quasimodo défie son tuteur et sort à la rencontre du monde réel. Il croise le chemin d’Esmeralda, jeune gitane persécutée par les hommes de Frollo.

Image du film le Bossu de Notre Dame

Ce projet, somptueux au point de vue de l’animation, sublime dans ses chansons, impressionnant par son ton sérieux et adulte, a eu du mal à trouver son public. Loin d’être un flop, ce fut un succès mitigé qui n’a pas su convaincre. Trop adulte, trop dur, trop sérieux sans doute pour Disney que l’on a toujours associé à des productions pour enfants.

D’années en années cependant, une fanbase grandit autour du projet. Et c’est exactement ce qui semble caractériser les « non Disney Princesses » de l’époque : des films forts et ambitieux, un peu trop en avance sur leur temps, ou un public mal visé. Mais ils gagnent cependant leurs lettres de noblesse avec le temps.

Image du film le Bossu de Notre Dame

 

La concurrence de Pixar : Un moteur pour se renouveler

Avec la concurrence de Pixar dans les années 2000, les films ont été forcés d’évoluer. Les féroces concurrents de Disney débarquent sur le marché dans les années 2 000 avec le chef d’œuvre Toy Story qui impose un nouveau standard narratif et esthétique à l’ensemble du cinéma d’animation.

A côté de ça, le projet Dinosaures de Disney, l’un des premiers réalisés en 3D, fait pâle figure…

Les deux studios se concurrencent durant de nombreuses années, et là où Pixar produisait des Wall E, Là-Haut et autres merveilleux chefs-d’œuvre, Disney s’enfonçait dans des projets de plus en plus médiocres, de La ferme se Rebelle à « Chicken Little.

Dans les années 2000, Disney semblait se contenter du renouveau de sa gamme Disney Princesses, sans chercher à évoluer dans ses autres projets qui eux enchaînaient flops et semi réussites sans jamais convaincre le public.

Pourtant, avec le rachat de Pixar par Disney en 2006, on assiste peu à peu à une nouvelle mutation des créations Disney dont nous avons chaque année de nouveaux exemples. Les deux studios s’échangent en effet allègrement leurs directeurs artistiques, animateurs et scénaristes, provoquant un mélange détonnant qui bouleverse totalement les nouvelles créations de Disney « hors Disney Princesses ».
Aujourd’hui, la différence entre les deux studios est très mince. Et le résultat est là : les derniers projets de films Disney dans cette catégorie sont novateurs et pertinents. Intemporels et intelligents, ils s’adressent aussi bien aux enfants qu’aux adultes, renouant ainsi avec la tradition des films familiaux Disney, le regard ancré sur l’actualité de son époque en plus.

L’exemple le plus parlant est sans doute celui de Zootopie, sorti en 2016.

Image du film zootopie

Zootopie

Zootopie

Il raconte l’histoire de Judy, une jeune lapine qui souhaite devenir policière, un métier normalement uniquement réservé aux carnivores. Lors de ses missions, elle va croiser la route de Nick, un prédateur roublard avec lequel elle va finir par se lier d’amitié.

Sous ses dehors mignons et naïfs (des animaux qui parlent, grand classique niais de Disney), ce film délivre un message choc et pertinent sur le racisme et le sexisme en proposant une analogie entre prédateurs qui souffrent de racisme et herbivores qui souffrent de sexisme. Jamais infantilisant ni simpliste, ce film semble prouver que depuis la fusion de Disney et Pixar les studios Disney ont compris ce que les spectateurs voulaient voir : des histoires belles aux messages universels servies par une direction artistique irréprochable.

Bande annonce de Zootopie

 


3. Les Disney Toons

Pour être tout à fait exhaustif, il nous faut parler d’une dernière catégorie. Elle n’est pas forcément très représentative pour cet article à proprement parler, mais que serait le studio Disney sans la gamme « Disney Toons » ?

Spécialisée dans les séries télé des années 90 dérivées des séries phares, comme les Aventures de la petite Sirène ou le même format version Aladdin, cette gamme est surtout connue pour la production des (souvent) horribles suites de films en direct-to-vidéo auxquelles on avait droit à chaque Noël dans un torrent de larmes et de supplications.

Si cette catégorie a peu de sens pour cet article, c’est que rien ne semble avoir réellement bougé depuis ses débuts : Disney a appris la leçon et a cessé toute production de ses suites au rabais, tandis que les séries télévisées restent de bonne facture pour des produits dérivés.

C’est un travail honnête sans être révolutionnaire, qui semble toujours chercher à être efficace et divertissant, comme le prouve leur dernière série en date, un dérivé du Roi Lion. A défaut d’être innovante elle offre à tous les nostalgiques de ce classique de bons moments en compagnie des rois de la savane.

garde du roi lion

 


Pour résumer…

Si la conclusion de cet article semble aller de soi et se perdre dans une morale éprouvée (y a du bon à prendre partout et du mauvais chez Disney, des hauts et des bas, c’est la vie ma pauvre Lucette et autres formules éculées), il est intéressant de constater qu’il y a eu ces dernières années un double mouvement d’évolution chez Disney :

D’un côté, nous avons les Disney Princesses qui font la patte Disney depuis leurs débuts. Cette gamme renouvelle ses représentations esthétiques et politiques mais peine à trouver un nouveau souffle narratif et artistique. Ces films qui ont été, dans les années 90, source de fraîcheur, deviennent en 2010 poussifs et répétitifs. A défaut de réellement ennuyer, ils lassent.

De l’autre, nous avons des projets « hors Disney Princesses » qui sont plus classiques sur leurs fonds, avec un message universel et moralisant, mais qui offrent un éclat artistique et narratif novateur.

Peut on espérer pour les prochains films une « fusion » de ces deux aspects, qui nous montrerait des films Disney Princesses novateurs artistiquement, et des films hors catégorie qui oseraient s’éloigner plus des sentiers battus ? C’est tout ce que l’on espère pour la suite de leurs productions, que nous suivrons toujours tout de même avec une certaine impatience.

Pour faire simple et résumer tout ça, rien de mieux qu’un tableau des + / –

Les + de l’évolution de Disney Princesses :

• ENFIN des personnages non blancs !
• Des histoires qui ne sont plus centrées sur l’Amour
• Des femmes fortes, indépendantes et avec une vraie profondeur psychologique
• Des films divertissants et drôles

Les – de l’évolution de Disney Princesses :

• Des histoires répétitives aux schémas copiés / collés
• Une direction artistique similaire de films en films
• Des chansons peu innovantes se contentant d’être des titres « pops » à la mode sans créer de réelle ambiance
• On perd l’ampleur des Disney Princesses des années 90 pour être face à des divertissements assez classiques

Les + de l’évolution des Disney « Classiques » :

• Des projets ambitieux qui ont gagné en qualité artistique (animation, décors, textures)
• Des histoires matures et intemporelles, qui portent un vrai regard sur la société
• Des morales complexes et nuancées

Les – de l’évolution des Disney « Classiques » :

• Une grande influence Pixar qui se resserre au point que les productions des deux studios se confondent
• Il a fallu attendre très, très longtemps pour que ces projets prennent enfin de l’ampleur

Walt Disney

Nous sommes très heureux d’accueillir Dolores dans la team TOP250 ! Elle va réaliser de super dossiers complets sur le cinéma. Dolores est actuellement stagiaire en journalisme et a fait les Beaux Arts puis un Master création littéraire.
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