[Critique série] Luke Cage – La Culture black s’invite chez Marvel

Série Luke Cage (Defender) Marvel sur Netflix

Marvel Television et Netflix reviennent avec une toute nouvelle série connectée au Marvel Cinematic Universe (MCU) et un héros qui sera intégré à l’équipe des Defenders dans une série crossover Netflix. Après deux saisons sur Daredevil constituant une incision dans les failles juridiques des Etats-Unis et les limites éthiques du super-héros, puis une saison sur Jessica Jones (1) au féminisme assumé et maîtrisé au travers d’une ambiance de film noir, c’est au tour de Luke Cage de débarquer au sein de cet univers. Une série qui explore la loi de la rue, un héritage de la blaxploitation diffusée durant 13 épisodes !

Alors pour commencer, on va voir, sans spoiler, ce qui fait de Luke Cage une énième série Netflix au top, et puis nous verrons à quel point cette saison transpire la blaxploitation, et attention, pour cette partie, ça balancera du lourd concernant la narration, vous êtes prévenus !

 

Luke Cage : la crasse filmée et racontée proprement

Série Luke Cage (Defender) Marvel sur Netflix

Oui, Netflix nous sort une fois de plus une série à la narration qui pousse à la consommation. Non pas, par des simples cliffhanger en fin d’épisode, mais parce que le ficelage de cette histoire s’apparente certainement plus à la dentelle qu’à un simple pull tricoté par mamie (excepté si ta mamie c’est Jean-Paul Gautier). On a une cohérence qui aura du mal à vous faire sortir de cet univers. Et disons le franchement, la maîtrise des flash back (comme on pouvait le voir dans Jessica Jones) est très loin de celle que l’on peut voir dans Arrow par exemple. Ici, chaque retour dans le passé a un réel intérêt pour les événements présents, enfin presque. Parce que oui, certains flash back de Cottonmouth / Cornell Stokes (Mahershala Ali) semblent inutiles tant ils n’auront aucune importance par la suite.

Mais impossible de développer ce point sans divulguer la raison, pour ceux qui l’ont vu vous vous doutez un peu de la raison, et si ce n’est pas le cas, on peut en parler en commentaire. Ce problème rejoint une idée similaire, comme pour ses grandes sœurs, et la série souffre certainement du même handicape : 13 épisodes alors qu’il aurait été plus judicieux de boucler le tout en 10 ou 11 épisodes. On n’est pas au niveau de flottement de certains épisodes de Jessica Jones, mais on ressent tout de même l’envie de combler certains trous pour parvenir à atteindre les 13 épisodes…

D’ailleurs, pour ceux qui penseraient qu’un héros sans faille provoquerait une redondance scénaristique, oubliez cet apriori, les retournements de situation, ce n’est pas ce qui manque à la série. On peut aussi noter du fan service sympa et utile à la narration pour les mordus de comics, mais aussi un certain Stan Lee qui fait son caméo… Y’a pas d’âge pour jouer à cache-cache ! Donc plus clairement pour l’histoire, tu consommes les épisodes comme une boulimique dans une orgie culinaire, mais du coup, t’as un petit rejet à certains moments.

Série Luke Cage (Defender) Marvel sur Netflix

Fan service au rendez-vous chers mordus de comics !

Mais si on regarde ces épisodes sans relâche, ce n’est pas seulement pour son histoire, c’est aussi pour son esthétique. En effet, si l’image était une parole de rap, elle serait une punchline. La plupart des cadrages sont de réelles perles visuelles. Juste un exemple, Cottonmouth et le tableau de Notorious B.I.G, le personnage, tout en parlant de son ascension, avance vers la caméra et, par un effet de perspective, la couronne de Biggie se retrouve sur sa tête (voir ci-dessous), ce plan est juste magique. On aurait pu se dire « ok il a le maître du gangsta rap East Coast en tableau dans son bureau parce que lui c’est le roi d’Harlem ! » ; sauf que non, le tableau est utilisé pour une symbolique plus profonde et surtout esthétique !

Et au delà du cadrage, de très beaux jeux de lumières, que ce soit dans le club de Cottonmouth avec des scènes de combats éclairées de manière scénique mais aussi des choix de couleurs dans des teintes rouges orangées, symboles de la violence d’Harlem face à des couleurs plus pures dans la maison de Mariah (Alfre Woodard) pour évoquer sa (fausse) transparence et son envie d’aller vers un Harlem plus propre. Notons que le personnage de Mariah peut vite faire penser au Caïd / Wilson Fisk, prêt à transgresser les règles pour améliorer sa ville ; pour ce qui est des méthodes, à vous de juger. Et elle aussi a un lien particulier avec le tableau de Cottonmouth, ou plutôt son emplacement (oui je fais une obsession mais il est tellement classe ce tableau !).

Donc en plus d’être une histoire bien écrite, bien qu’un peu longue, c’est aussi beau visuellement, mais en plus de ça, c’est de la pure blaxploitation, et là, on va s’éclater à analyser tout ça !

Série Luke Cage (Defender) Marvel sur Netflix

Cottonmouth roi de Harlem !

Luke Cage : Shaft ne craint plus les balles

Attention c’est maintenant que je vous balance des informations compromettantes si vous n’avez pas vu la série.

Si vous aimez la blaxploitation et son héritage, ainsi que les super héros, cette série est totalement pour vous. Oui je sais, je ne vous apprends rien, c’est Luke Cage, on est à Harlem et vous avez vu la bande annonce ! Alors je vais plutôt vous expliquer pourquoi !

La musique d’abord. Evidemment, il y a du jazz, de la soul, du groove, du blues, du hip hop, bref, de la musique noire. On aura même le droit a un gros son intitulé Bulletproof Love signé Method Man et consacré au héros. D’ailleurs le rappeur a le privilège d’avoir une apparition et sachez que la scène sur Bulletproof Love est juste une montée en puissance magistral de Luke au statut de héros d’Harlem. Preuve notamment d’une forte affirmation de la communauté noire, raison du mouvement de la blaxploitation.

Mais ça va au-delà de l’incorporation des styles de musiques. Prenons le leit motiv de Luke Cage ; il évoque totalement la blaxploitation des années 70, et là je citerais plus précisément Shaft. En plus d’un leit motiv qui connote totalement Shaft, la figure de Luke constitue un Shaft sous stéroïde, quasi indestructible ! Ah et aussi, je parle du Shaft de 1971 alors ne venez pas me sortir la version de 2000, en plus ce serait un vrai bordel de parler de Nick Fury qui se prend pour Shaft, trop méta pour moi ! Donc pourquoi Shaft ? Un flic qui connait la rue et qui utilise ses codes pour arrêter les criminels, un flic borderline qui fera toujours ce qui est juste quitte à dépasser ses fonctions. Vous voyez où je veux en venir ? Luke Cage, ancien flic, utilisant son savoir des rues d’Harlem pour arriver à ses fins, quitte à être considéré comme hors-la-loi.

Série Luke Cage (Defender) Marvel sur Netflix

Hors-la-loi et pourtant défenseur de la justice.

De plus, la série revient souvent sur une œuvre culte de l’héritage de la blaxploitation: New Jack City (1991) (2). Un nombre incalculable de références, déjà Luke Cage est l’équivalent de Scotty Appleton (Ice-T), normal vous me direz, c’est déjà un équivalent de Shaft. Et donc si Luke est Scotty, Cottonmouth c’est tout simplement Nino Brown (Wesley Snipes) et là pas besoin de vous en dire plus, c’est tellement limpide, à l’exception que l’un travaille dans le milieu du crack et que l’autre est orienté vers les armes.

Mais alors, si c’est juste ça, c’est un peu moyen non ? Bah pas vraiment – oui je fais les questions et les réponses, c’est ma critique, libre à toi de contester, on est sur internet – parce qu’il y a plus encore, et là on va en arriver à la relation entre Luke et Diamondback / Willis Stryker (Erik LaRay Harvey), une seule chose à dire « suis-je le gardien de mon frère ». Au delà de toutes les symboliques religieuses de Diamondback, « suis-je le gardien de mon frère » est la grande phrase de New Jack City. Dès que l’on apprend le lien de parenté entre les deux personnages, impossible de ne pas y penser.

De toute manière, Diamondback y fait référence directement en disant qu’il trouvait ça classe quand Wesley Snipes le disait. J’avoue, j’ai trouvé ça dommage que cette référence implicite finisse par devenir explicite, je veux bien comprendre que New Jack City n’est pas connu de tous (chose à rectifier après votre lecture) mais pour jouer les « monsieur je sais tout » avec les copains, on fait comment si la série déballe ses références ouvertement ? Non, vraiment, c’était pas cool de leur part…

Bref, New Jack City is back ! La blaxploitation et son héritage sont au rendez-vous, et évidemment, il y a bien plus à dire mais toutes les bonnes choses ont une fin, et cette critique atteint sa conclusion, encore faut-il que vous la trouviez bonne pour que je puisse utiliser cette expression.

Série Luke Cage (Defender) Marvel sur Netflix

New Jack City « Suis-je le gardien de mon frère ? »

Luke Cage, une série dynamique à laquelle on pourra sans doute reprocher de tirer sur son scénario pour atteindre les 13 épisodes. Mais qu’est-ce qu’un épisode ou deux en trop quand une série vous offre un visuel maîtrisé tant dans les choix de ses plans que dans les lumières ? Une série héritière de la blaxploitation qui impose et affirme le genre dans laquelle elle s’ancre.

Luke Cage a une réelle identité, et c’est là qu’on se dit que Marvel Studios devraient s’inspirer des séries. D’un côté des œuvres sur grand écran quasi impersonnelles, de l’autre des œuvres sur petit écran qui s’affirment et s’annoncent bien plus profondes. Kevin Feige ferait bien d’arrêter de vampiriser Marvel au cinéma pour laisser place aux prises de risque, mais bon, on peut toujours rêver… En ce moment, La Maison des Idées ne mérite son nom que pour le petit écran, même les comics All New All Different commencent à rendre les lecteurs consternés. Bon, on digresse j’ai l’impression, tout ça pour dire, même si la saison de Luke Cage n’est pas parfaite, elle offre un vrai contenu avec une identité propre au même titre que Daredevil et Jessica Jones.

J’ajoute que, comme ton avis n’est pas obligatoirement le mien, rien ne t’empêche d’exprimer ton désaccord ! Ou alors viens dire que t’es d’accord et ajouter ce que je n’ai pas abordé dans la série, on peut même parler de comics espèce de geek !

 

Bande annonce de Luke Cage (VF)


(1) Pour plus de détail sur Jessica Jones Saison 1, voir le Serial Watcher #2

(2) Pour plus de détails, voir ma critique vidéo sur New Jack City

Morgan. Ma chaîne Youtube : Morgan et son ciné - Mon profil Top250 : morgancinema - Ma page Facebook : Morgan et son ciné

2 Comments

  1. Marc

    11 octobre 2016 à 22 h 28 min

    En tout cas ça donne envie de découvrir cette série, ça a l’air mieux que Daredevil qui m’avait un peu déçu 🙂

    • Morgan

      12 octobre 2016 à 15 h 36 min

      C’est très différent dans l’ambiance, chaque série à son identité donc c’est fortement possible que tu préfères Luke Cage à Daredevil 🙂

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