[Critique Film] Dr Strange – Les années Strange au cinéma

Après Captain America : Civil War (1) en avril 2016, Marvel Studios et son tout nouveau générique d’introduction débarquent avec une nouvelle origins story consacrée au docteur Strange (Benedict Cumberbatc). Sachez que le sorcier a déjà eu son film en 1978 ainsi qu’un film d’animation. Strange c’est le plus mystique des héros Marvel, et surtout l’un des plus puissant !

A la réalisation de cette version 2016, nous avons Scott Derrickson auparavant réalisateur de Délivre-nous du mal (2014) ou encore Sinister (2012), un abonné aux films d’épouvante. Alors vous le savez, voir un film Marvel ça revient à voir le même film à chaque sortie sauf que l’on change les héros et un peu l’histoire, juste un peu car il faut avouer que l’on reste toujours dans un schéma narratif similaire… Alors où se situe Dr Strange ?

Il semblerait qu’il se place au même rang que Les Gardiens de la galaxie (2014) avec une identité propre, retombant parfois dans les bas fonds du format marvelien instauré par Kevin Feige. Ventriloque avec pour marionnettes les réalisateurs, visualisez un peu l’image de ce producteur qui les prend en main pour aboutir à des films efficaces et (majoritairement) sans inspirations… ça y est ? Alors oui je vous l’accorde c’est douloureux, et on y reviendra dans cette critique. Après ces quelques mots qui en disent globalement très peu sur le film, entrons davantage dans les détails.

Film Doctor Strange - Marvel

 

Vision sous LSD : voyage à Katmandou

Le gros point fort de Dr Strange, c’est clairement son esthétique ! Visuellement, on a du grand Marvel, un réel parti pris quitte à en laisser certains sur le carreau. Multivers, projections astrales, manipulation du temps, des éléments face auxquels le public non averti est souvent réticent car il s’agît pour lui de « se prendre la tête ». Expression aberrante qui rend compte d’une certaine conception de la science et de la (non) soif de connaissance d’un certain public consommant son film comme le pop corn qu’on lui vend bien trop cher pour gâcher la séance des autres spectateurs. Mais on reviendra sur ce point plus tard, là, il s’agît de parler de l’esthétique qui exploite ses éléments.

Tout d’abord concernant ce que vous avez pu apercevoir dans les bandes annonces en vous disant que ça ressemblait fortement à Inception (2010) de Christopher Nolan. C’est ce que l’on appelle la « dimension miroir », et accrochez-vous car c’est loin d’être Inception, certes, Derrickson s’en est inspiré mais il va plus loin : la maîtrise des espaces, de l’architecture, des mouvements des personnages au sein de cette dimension en mouvement ; tout est millimétré au point d’en avoir le vertige. Le réalisateur puise à la fois dans les comics des années 70, les motifs du rock psychédélique, le surréalisme ou encore l’expressionnisme allemand.
C’est comme un trip à La Mecque de la drogue dans les années 70, Katmandou, à la différence que votre salle de shoot sera ici votre salle de cinéma et que vous n’aurez pas le risque de lésions cérébrales. D’ailleurs Katmandou est présente dans ce film, et quel symbole puisque c’est là-bas que seront révélés les mystères du multivers à Strange… avec facilité… on reviendra là-dessus dans la deuxième partie, patience ! Donc Strange, arrivé à Katmandou, découvre un nouveau monde, et visuellement encore, on atteint une contemplation sous LSD, on voyage à toute vitesse au travers de couleurs plus percutantes les unes que les autres.

Honnêtement, visionner ce film reste moins coûteux qu’un buvard ou tout autre stupéfiant hallucinogène. En définitive, regarder ce film, c’est prendre une claque visuelle très loin de ce que Marvel Studios nous offre habituellement dans ses productions assez terre à terre. Un film à voir et à revoir principalement pour cette esthétique donc, pour la comprendre, l’analyser, se rendre compte que ces images nous hypnotiseront durant des années. D’ailleurs le visuel de ce film reste sans doute le plus gros intérêt puisque la narration s’apparente à un enfant bâtard, résultat d’un accouplement entre l’humour dégénéré sans surprise et un mysticisme des plus sérieux.

Film Doctor Strange - Marvel

 

Humour et Mysticité : Kevin Feige le ventriloque

La partie délicate de ce film : sa forme narrative… Il semble que Dr Strange soit la plus grande preuve du pouvoir de Kevin Feige sur les productions Marvel Studios. La raison la plus putassière, l’humour intégré en plein milieu de séquences profondes et mystiques. Vraiment, si vous pensez encore que Feige ne prend pas le spectateur pour un imbécile en estimant qu’il sera bien trop crétin pour aimer un film où il n’y a pas d’humour burlesque ou générationnel, Dr Strange prouvera le contraire.

Et ne pensez pas que parce que le spectateur ouvrira les yeux sur les productions Marvel Studios comme Strange ouvrira les yeux sur le monde est un gage suffisant pour qualifier le film de «méta», là, il est simplement question d’une insulte de la part du studio. Insulte car en plus de mépriser le consommateur – car à ce niveau les producteurs visualisent le spectateur comme consommateur dénué de sens critique – le film se permet de tourner en dérision des personnages humbles et sages, ainsi que des éléments forts qui gravitent dans l’univers du sorcier, sans aller plus loin, je nommerai simplement « Shamballa ».

Film Doctor Strange - Marvel

En résumé, vous serez plongé dans cet univers magique jusqu’à des interruptions répétées par de courts passages humoristiques. Vous serez en quelques sortes le fan de football ratant un but magistral car Kevin Feige changera de chaîne. Bref, passons sur cet aspect pour ne pas vous gâcher le plaisir de découvrir ses blagues par vous-même, blagues qui créeront des incohérences sur l’utilisation de la technologie au sein du temple d’ailleurs… Outre le fait que la narration se déroule sans accroc et s’avère efficace, en dehors de l’humour qui casse ce rythme palpitant, un autre petit problème s’est invité dans ce film. Ce problème, c’est la facilité de Stephen pour découvrir le temple mystique, créant un manque iconique de ce genre de film.

Je prends pour exemple Batman Begins (2005), vous vous rappelez ce long périple de Bruce pour aller à la rencontre de la Ligue des Ombres ? Il y avait derrière cela une ambiance de films d’arts martiaux, la volonté du jeune apprenti à relever tous les défis pour devenir un grand maître. Pour ceux qui ne connaissent pas le personnage de Strange, sachez que lui aussi a subi un apprentissage résultant de son ascension de l’Himalaya. Hélas dans ce film, on ne retrouve pas du tout cet esprit. De la même manière, Strange est censé apprendre sans savoir où cela va le mener, un peu à la manière de Daniel dans Karate Kid (1984) quand il doit laver la voiture pour finalement en comprendre la raison. Ici, le Maître Suprême montre à Stephen dès son arrivée la grandeur du multivers, à partir de là il ne peut que s’impliquer au maximum dans sa tâche. En définitive, concernant la narration origins story de Dr Strange, je ne peux que vous inviter à regarder le film d’animation de 2007.

Film Doctor Strange - Marvel

Pour résumer, Dr Strange est une claque visuelle indiscutable, le premier fix d’héroïne qui entraînera à la consommation régulière. Mais, bien que la narration soit aussi immersive que l’esthétique hallucinante que nous offre Scott Derrickson, on regrettera l’humour intrusif tel le paracétamol dans votre cocaïne. Sans oublier un manque certain de références aux films asiatiques dans lesquels l’origine de Stephen Strange s’inscrit. Donc pour ce nouvel opus signé Marvel Studios, je ne peux que vous inviter à le voir sur grand écran pour profiter au maximum de ses plans explosifs et contemplatifs, mais retenez que le film reste handicapé par la formule du studio qui continue à enterrer des œuvres personnelles dans la fosse commune du rire et du tout public.

N’ayant pas la sagesse du grand Docteur Strange, je n’ai pas toutes les réponses et je vous invite donc à exprimer votre avis sur le film. Il vous suffit pour cela d’invoquer la puissance de l’écriture avec l’œil d’Agamotto… ou tout simplement d’utiliser votre clavier… mais c’est moins classe !

(1) Voir ma critique vidéo sur Captain America Civil War pour en savoir plus

 

Ma critique vidéo sur Doctor Strange

Bande annonce de Doctor Strange (VF)

 

> A voir aussi la critique cinéma de Jack Reacher :

[Critique Film] Jack Reacher 2 – Never Go Back

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1 commentaire

  1. Marvel addict

    2 novembre 2016 à 0 h 11 min

    Une pure merveille ce film 🙂 Je le conseille vraiment, l’esthétique globale du film est très réussie.

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