[Critique ciné] The Neon Demon : Cauchemar chez les princesses

Critique du film neon demon

The Neon Demon, le nouveau film de Nicolas Winding Refn, réalisateur connu pour la violence et l’outrance qui résident dans ses œuvres et qui a explosé auprès du public avec Drive. Ici, nous avons une jeune fille, Jesse (Elle Fanning), débarquant fraîchement de son petit coin paumé des Etats-Unis pour percer dans le milieu du mannequinat à Los Angeles. Cette belle poupée de porcelaine va réaliser son rêve de princesse, mais dans le monde de Refn, les contes de fée ne se terminent jamais comme dans les livres. Mesdames, vos rêves de petite fille seront très vite balayés par l’horreur malsaine qui réside dans la tête de ce réalisateur voué à bousculer constamment notre regard sur les images. Plongeons-nous donc dans cet univers surréaliste accompagné d’une bande originale cosmique aux soupçons de synthwave.

Critique du film neon demon

« L’art est un acte de violence. Je m’intéresse aux extrêmes, un mélange de poésie et de violence. » Nicolas Winding Refn

Blanche-Neige et le mannequinat

The Neon Demon, c’est la magie qui s’opère comme dans les histoires de princesses. Jesse ne cesse de faire écho à la beauté tant convoitée de Blanche-Neige, le tout avec une image filtrée – parfois surexploitée mais personne n’est parfait – qui nous plonge dans un conte de fée mensonger. La beauté, voilà le mot d’ordre de ce film, au-delà d’une jeune fille resplendissante, ce film est ancré dans le milieu de la mode. Milieu controversé, connu pour ses excès en tout genre ; ici nous avons des lieux de photographie comme aseptisés tel le bloc opératoire angoissant tant fréquenté dans la recherche de la perfection physique. La beauté c’est aussi une question de proportion, et quel bonheur de voir la perfection visuelle de Refn au travers de plans à la symétrie quasi inégalable. Une symétrie qui se travaille aussi avec des mannequins qui se ressemblent, quasiment identiques, le tout dans ces lieux de mannequinat aussi vides que le concept de la beauté superficielle imposée par notre société. Ce film dénonce le monde du « beau » avec les mêmes armes que celui-ci. The Neon Demon, c’est une esthétique propre à Refn, hybride entre une époque actuelle et un visuel typique de la fin des années 70, début 80, avec l’omniprésence du bleu et du violet.

Kubrick est en parti responsable du cinéma de Refn. Comment ne pas succomber à cette scène presque démonique, magistralement contemplative, hypnotique, où notre jeune mannequin fait la clôture du défilé ? Une scène qui, par le pouvoir de l’ante-triforce – oui mon âme de geek voit le symbole de la triforce retournée – va faire basculer la fragile Jesse vers sa dangerosité.

Critique du film neon demon

Ante-Triforce ! PS: des triangles partout dans le film, ça veut dire plein de vagins partout !

De Blanche-Neige à La Féline

Jesse le dit elle-même, sa beauté la rend dangereuse. De manière indirecte, elle pousse ses concurrentes à la violence, de la même manière que la méchante belle-mère des frères Grimm cherche à tuer sa belle-fille. Refn, au travers de différentes pratiques cinématographiques, nous montre la progression de Jesse vers sa dangerosité. Tout est une question de félins ! D’abord le puma dans la chambre puis le jaguar empaillé. Connaissant le goût du réalisateur pour la symbolique, on se doute que cela n’est pas anodin. Mais pour comprendre la présence de ses animaux, il faut interroger le cinéma traitant la sexualité de la femme. Et oui, pour les plus cinéphiles d’entre-vous, il s’agirait d’une référence à La Féline (1942) de Jacques Tourneur. Pour ceux qui n’auraient pas vu ce film, en bref, succomber à ses pulsions sexuelles se manifeste dans une transformation de la femme en panthère agressive ; le fauve étant l’un des symboles de la sexualité triviale féminine. Dans The Neon Demon, voilà comment on peut percevoir cette symbolique : tout d’abord on a le puma dans la chambre, Jesse referme la porte, elle lui échappe, elle échappe donc à sa propre dangerosité comme elle échappera au viol dans ce même môtel. Puis dans la villa, elle passe devant le jaguar, empaillé dans une posture « de captation de sa proie » ; notre Blanche-Neige révèle enfin sa dangerosité pour une finalité qui dégoûtera plus d’un spectateur.

Étrange, impossible à prévoir

Oui, je cite Toy Story pour chasser les vilaines pensées morbides et malsaines que Refn ne cesse de me balancer à chaque film, bien que je n’ai vu que Bronson et Drive à l’heure actuelle. Mais c’est amplement suffisant pour voir que le monsieur aime vous mettre mal à l’aise. The Neon Demon a déstabilisé, encore une fois, la croisette… Méchant Nicolas ! On peut comprendre le rejet face à ce cinéma, mais les têtes brûlées, ça pique et pourtant tu réclamais toujours de l’argent à ta mère pour aller en acheter à la boulangerie du coin, bah là c’est pareil ! Ce film au travers du dégoût face aux images et aux actes inimaginables des personnages, c’est un rejet du système. Que ce soit le système du mannequinat, qui s’applique tout aussi bien au cinéma qu’à la société dans sa globalité. Le rejet s’inscrit même dans notre regard face à l’anthropophagie du film (visible ci-dessous). L’œuvre ira même jusqu’à créer le rejet chez un personnage qui régurgitera la beauté au sens propre puisqu’ici cette pratique s’inscrit dans un désir d’obtention d’une partie de Jesse, sa beauté. Par ailleurs, il semble que cette réticence se fasse aussi par le biais de la lumière, à un moment dans la salle, j’ai entendu un « ça pique aux yeux ». En effet, votre rétine elle-même se résignera à fixer l’écran tant l’éclairage et les clignotements feront passer votre ami épileptique pour un shaker, si vous voulez vous faire un cocktail durant la séance, voilà ce qu’il vous reste à faire !

Critique du film neon demon

L’anthropophagie comme appropriation de la beauté de Jesse

En définitive, The Neon Demon est encore une belle prouesse de la part de Nicolas Winding Refn. Un univers ancré dans une époque actuelle avec une esthétique typique des années quatre-vingt, le tout agrémenté par une bande originale de Cliff Martinez qui vous fera basculer entre l’univers de la princesse et celui du film d’horreur à la manière de Disasterpeace dans It Follows. Ici, le rêve américain se verra totalement chamboulé par l’anthropophagie au même titre que vous serez transportés (ou non) par un visuel à la fois magnifique et répugnant.

 

Bande Annonce VF de The Neon Demon

Après Inthepanda voici Morgan et son Ciné sur TOP250 !

Nous sommes heureux d’accueillir Morgan dans l’équipe qui va vous faire des critiques sur vos prochains films préférés.

En effet, Morgan est un jeune Youtubeur promit à un bel avenir. Actuellement, il fait des études cinématographiques à Lille3.

Allez voir sa page Youtube vous ne serez pas déçus 😉
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