[Critique Cinéma] Jackie… sans Michel

Image du film Jackie

Dans le domaine du cinéma, il existe un genre de film ultra normé, qui permet de quémander des récompenses sans trop se creuser la tête, en capitalisant sur la rentabilité d’une grande figure historique : le biopic.

A l’heure où Donald Trump commence une présidence placée sous le signe du bon goût et du charme, quoi de plus normal que de focaliser un long métrage sur la first lady la plus charismatique de l’histoire des Etats Unis : Jackie Kennedy.

Image du film Jackie

 

Please Mr. Kennedy, OH OH, I don’t wanna go

Figure présidentielle acclamée, John Fitzgerald Kennedy a marqué l’histoire du pays par sa gestion pacifique et démocrate des crises traversées par les Etats Unis en pleine guerre froide. Il reste aussi une icône par l’image de golden boy qu’il dégageait, et de l’apparente perfection de son couple avec sa femme Jackie. Le film prend le parti intéressant de traiter cette représentation idyllique en questionnant la différenciation entre image publique et personnalité réelle. Les écarts conjugaux étant depuis largement connus, Jackie porte sur les épaules la mission de mystifier la personnalité de son mari après sa mort pour l’inscrire au rang de légende au côté d’Abraham Lincoln, autre président mort dans l’exercice de ses fonctions.

Seulement, la question de la légitimité d’une telle démarche se pose tant la politique entamée par Kennedy n’était qu’à ses prémices, et que, contrairement à son regretté prédécesseur, John n’aura pas eu le temps de marquer l’histoire d’une signature aussi indélébile que celle de l’abolition de l’esclavage.

Encore idolâtré aujourd’hui, la question que nous pose le film est donc la légitimité d’une telle adoration pour John comme pour sa femme. Est-ce dû à une politique exceptionnelle, ou à une habile gestion de la peopolisation du couple présidentiel ?
Angle intéressant et novateur s’il en est, qui aurait du pouvoir donner l’occasion au biopic de se différencier de la masse du genre comme avait pu le faire un « Steve Jobs » par sa construction narrative révolutionnaire.

Image du film Jackie

 

Jackie sans Michel

Seulement, dès qu’il s’agit de mettre en forme ce parti pris initial, le long métrage se prend les pieds dans le tapis dans à peu près tout ce qu’il entreprend. La faute à une grossièreté de la réalisation, dépourvue de toute nuance pour faire du remplissage de scènes « d’émotion » qui sonnent faux, en plus d’être parfaitement indigestes tant la régularité de leur rappel est conséquente.

Le premier gros point noir du film, c’est Jackie Kennedy elle-même (c’est bien dommage pour un film éponyme). Prenant le parti pris de la dépeindre de manière plus « réaliste » que l’icône connue des médias, le personnage n’arrive à aucun moment à être intéressant ni touchant tant elle est dépeinte comme une bourgeoise égocentrique, dépressive insupportable, dont les lignes de dialogue comprennent un nombre pharaonique de « JE », au dépit des autres personnages endeuillés par la mort du président (son frère, ses enfants …etc).

Image du film Jackie

L’envie de prendre l’héroïne à revers est pertinent, mais comme dans sa dimension idolâtrée, l’absence de nuances est tout autant dommageable lorsqu’on la dépeint comme une pimbêche égocentrique (la vérité se situant probablement entre les deux).

Probablement dû à la volonté du réalisateur de faire un film exclusivement larmoyant, l’interprétation de Natalie Portman est tirée vers le bas par l’absence de développement du personnage (origine, envie, …etc) et focalisant son jeu sur le fait de minauder et de parler dans les expirations à la manière d’une Carla Brunie, probablement charmant à l’époque de Jackie, mais aujourd’hui tout juste supportable.

Voulant focaliser son film sur une figure féminine derrière la légende d’une figure masculine en se réclamant d’un certain féminisme appréciable, Pablo Larrain oublie de construire son personnage de manière quasi misogyne tant ce dernier n’est pas humanisé pour n’être que l’objet de la dramaturgie sans jamais en être l’acteur (puisqu’exclusivement focalisé sur le fait de pleurer et se plaindre).
Et cette absence de nuance se retrouve dans tout le reste du film.

Image du film Jackie

 

Jacky ta 4L elle est pourrie

La réalisation, bien que propre, joue sur des tableaux déjà éculés du grain sur l’image pour la rendre « historique », et du mélange d’images d’archive mêlées avec des séquences du film (de manière convaincante). Le récit est dépourvu de développement, et pourrait facilement être réduit à une demi-heure de film pour résumer la partie intéressante du propos. Le reste n’est que remplissage et cabotinage, les malheurs de Jackie, petite bourgeoise égocentrique (craignant de finir à la rue alors même qu’elle reçoit le journaliste dans une sublime demeure), qui alourdissent le propos pourtant intéressant du film.

Le cadre prend le parti pris de se focaliser sur des gros plans, plaçant quasi exclusivement Jackie au centre de l’image (quitte à rogner parfois les autres acteurs). Un procédé qui m’est apparu grossier tant il est utilisé. « Vous comprenez, le film s’appelle Jackie … du coup on film que Jackie … parce que c’est le titre du film … Jackie. »

Image du film Jackie

La musique est digne d’un stagiaire de 3ème, menée par un musicien ayant appris les 2 mêmes accords sur à peu près tous les instruments à cordes en promotion. Vous retrouverez du violon pour souligner que c’est triste, la reprise du son de THX pour signifier l’angoisse, et puis de temps en temps, un collègue de 6ème viendra vous gratifier de quelques notes apprises sur sa flûte à bec. Poussée là, la bande originale est grossière tant elle est exclusivement utilisée pour souligner le drame d’un récit qui l’assume déjà de manière bien trop directe dans sa réalisation et son interprétation (à la manière du thème de Requiem for a dream surutilisée dans chaque émission de télé réalité lors de la séquence « émotion »).

Vous l’aurez compris, l’ambition initiale novatrice et transgressive est tirée vers le bas par une mise en forme grossière cochant toutes les cases du cahier des charges du parfait biopic pour faire pleurer dans les chaumières mais sans se focaliser sur l’aspect humain et nuancé de l’histoire racontée. Le spectateur est alors noyé dans un torrent d’ennui se mettant à détester une figure pourtant idolâtrée de l’histoire des Etats Unis, là où il aurait été préférable de comprendre le personnage dans sa dimension appréciable comme antipathique. Un énorme raté.

 

Ma critique sur Jackie en 180 secondes

Bande annonce de Jackie (VOST)


Image du film Jackie

 


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1 commentaire

  1. Max

    25 février 2017 à 13 h 39 min

    Oui je suis d’accord, je n’étais pas emballé non plus…

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