[Critique Cinéma] Alliés de Robert Zemeckis

film Alliés avec Brad Pitt Marion Cotillard

« Là où on va, on n’a pas besoin, de route ! »

Lorsqu’on a grandi devant « Forrest Gump », « Retour vers le futur » et « Qui veut la peau de Roger Rabbit », le nom de Robert Zemeckis sonne comme une douce promesse. La promesse de voir des films radicalement différents, ambitieux, et réussis.

Alors, quand celui-ci nous propose un « Mr & Mrs Smith » dramatique ancré dans le conflit de la seconde guerre mondiale (déjà largement exploité) on y plonge la tête baissée, à tort hélas.

film Alliés avec Brad Pitt Marion Cotillard

 

La folle histoire de Max & Léon – Marianne

« Alliés » nous conte donc l’histoire de Max et Marianne, un espion Anglais et une espionne Française, qui, après avoir collaboré sur une mission, se marient et tentent de vivre leur amour dans le contexte guerrier de l’époque. Alors que des soupçons d’espionnage pèsent sur Marianne, Max a 72h pour prouver son innocence, sans quoi il sera contraint de l’exécuter.

Là où la bande annonce nous vend un thriller (et nous spoile aisément la moitié du film), le long métrage sonne plutôt comme une histoire d’amour dramatique. Cette question de l’enquête dans le couple n’arrive que tardivement, et le vrai sujet est bien la romance qui traverse le conflit meurtrier. La question des apparences est prédominante, jouant sur l’opposition entre le capital guerrier de ses héros, et leur vie civile. Entre l’amour et le mensonge. Entre ce que la guerre peut transformer, et ce qui reste immuable : la capacité à aimer.

film Alliés avec Brad Pitt Marion Cotillard

 

« Comme un Ouragan »

Et dans ce propos, la réalisation de Zemeckis, comme à son habitude, fait des merveilles. Le film est nourri d’une patte visuelle exemplaire, agrémentée de nombreuses trouvailles de cadre venant assurer la métaphore narrative.

On soulignera notamment cette scène d’amour dans la voiture, le calme avant la mission, où les deux héros s’abandonnent alors que la tempête de sable fait rage dehors, et que la caméra tournoie autour d’eux, comme en rappel de cette tornade météorologique, et historique. Simple, efficace, classieux. Rares sont les réalisateurs qui poussent leur esthétique jusqu’aux scènes de sexe obligatoires du cahier des charges du blockbuster.

A noter aussi l’utilisation répétée des miroirs, créant un cadre dans le cadre, et offrant un écho à l’opposition entre apparence et réalité propre au métier d’espion exercé par les personnages principaux, et à l’enquête du film.

film Alliés avec Brad Pitt Marion Cotillard

 

« And I want my scalp ! »

Mais le gros problème de « Alliés », c’est justement ses acteurs. Le film est un film de personnages, se reposant littéralement sur eux et sur leur vécu personnel du conflit en tant que couple. Et ce couple ne fonctionne pas.
Les talents d’acteurs largement prouvés des deux comédiens mis à part, c’est bien leur prestation seulement sur ce film dont il est question, Brad Pitt et Marion Cotillard ne dégagent aucune alchimie, aucune osmose, et semblent trop occupés à jouer chacun de leur côté plutôt qu’ensemble.

Et même pris séparément, la production semble avoir fait l’erreur de vouloir compter sur deux têtes d’affiche sans que celles-ci correspondent au profil recherché.
Brad Pitt manque affreusement de nuances. Il nous refourgue son personnage du « bourrin rigolo » d’ « Inglorious Bastards », de « Fury » …etc, sauf que le rôle de Max ne s’y prête pas. Ne parvenant jamais à nous faire ressentir son amour et son bonheur, il ne parvient, par conséquent, pas à nous entraîner dans sa chute, et à nous faire ressentir son déchirement entre son devoir et son mariage.

Marion Cotillard, quant à elle, ne correspond pas au personnage de femme fatale dépeint. Plus nuancée que son partenaire, elle sur-joue cependant certaines scènes d’émotion primordiales au film qui finissent de sortir le spectateur du récit. Tout cela sonne trop faux.

La véritable tristesse de ce film est bien l’absence de tristesse ressentie chez le spectateur. Assis sur son siège, il n’expérimente aucune empathie pour les personnages. Et la personne qui écrit ces lignes s’avère pourtant être une véritable fontaine au cinéma, en particulier devant le « Forrest Gump » du même réalisateur, duquel le générique final m’a toujours paru illisible tant mes yeux étaient humides, et ce, même après une vingtaine de visionnages. Ici, rien.

film Alliés avec Brad Pitt Marion Cotillard

 

« La two reiffail »

Le second problème, plus anecdotique, repose sur la partie « française » du film. Gérée par un réalisateur américain peu habitué aux subtilités de la langue, en tant que francophone, cette partie sonne faux, et peut nous faire sortir de la diègése.

Brad Pitt, l’espion qui doit se faire passer pour un parisien a du mal à convaincre, tant l’accent est prononcé, et que celui-ci lance des répliques qu’il ne comprend pas (et par conséquent qu’il ne joue pas), et qu’on ne comprend pas non plus. Bien moins grave pour le reste du monde, il est cependant à noter que ce début de film n’aide pas à se plonger dans le récit tant « l’espion » fantastique semble être une quiche (Alsace-Loraine).

Ce n’est d’ailleurs pas le seul moment où ses facultés d’espion sont douteuses. Globalement la phase de soupçons manque de nuances, tout comme la résolution de l’intrigue. Sans spoiler, celle-ci est un peu expéditive après un récit qui se ressent comme longuet dû à l’absence d’empathie, et manque de justification pour expliquer cette situation « dos au mur » sur lequel le long métrage se conclut.

Prenant (trop) son temps sur le reste du film, la fin n’arrive pas à faire mouche, et c’est bien dommage tant sur le papier le long métrage avait bien plus de qualités que sur l’écran.

 

Pour résumer

Malgré une réalisation toujours aussi parfaite, Robert Zemeckis commet donc un faux pas dans le choix de son duo d’acteurs, trop focalisé à être des têtes d’affiche pour correspondre à leur rôle sur lequel repose pourtant le film (il fut un temps où lorsque le réalisateur s’en rendait compte en cours de tournage, il reshootait l’entièreté du film en appelant Michael J. Fox).

Le propos est beau et plutôt bien servi par la réalisation, mais le global manque de nuances pour vraiment convaincre. Souffrant d’une localisation française sonnant faux pour un public francophone (moins gênant pour le reste du monde), le spectateur gaulois a du mal à entrer dans la diègése du film, et le conflit moral de son personnage principal ne le touche jamais vraiment.

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Ma critique vidéo sur Alliés en 180 Secondes

Bande annonce de Alliés (VOST)

 

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Wen.
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1 commentaire

  1. Ben

    2 décembre 2016 à 1 h 07 min

    Bon, et bah ça sera pas au niveau de Forrest Gump j’ai l’impression… Ca se tente quand même, c’est quand même du Zemeckis 🙂

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