[Critique ciné] Blood Father : Mel Gibson n’est pas trop vieux pour ces conneries

Blood Father - Mel Gibson

Blood Father (2016), roman de Peter Craig (The Town) remanié pour le cinéma à l’aide d’Andrea Berloff (N.W.A – Straight Outta Compton1), est le nouveau film de Jean-François Richet, après Un moment d’égarement en 2015, qui s’est avéré être littéralement SON moment d’égarement.
Ici, le réalisateur revient au film de genre, cinéma qu’il maîtrise déjà depuis plusieurs années. En plus du retour de Richet à un cinéma d’action / thriller qui lui est cher, c’est aussi le grand retour de Mel Gibson. Certes le monsieur ne revient pas d’une traversée du désert (plutôt d’une plage de Dunkerque) mais il nous livre sans doute l’une de ses meilleures prestations dans ce registre. Vous l’aurez compris, on a affaire à une pointure devant la caméra, et une autre derrière la caméra.

Nous allons donc entrer un peu plus dans les détails car comme le dit Mad Mel : « la mise en scène, c’est la chose la plus excitante à faire en dehors d’un lit ».

De la série B, oui mais pas que !

Blood Father - Mel Gibson

A première vue, Blood Father semble n’être qu’un simple film de série B au scénario écrit sur un bout de papier. Alors oui, il y a un peu de ça puisqu’on a un papa qui retrouve sa fille, elle est traquée par des vilains messieurs mexicains à qui il faut donc échapper. C’est sûr, dit comme ça, ça paraît très basique et surtout très fade tant ce résumé semble n’apporter aucune matière… Mais ! Et là le « mais » est très important, il y a autre chose sous cette couche creuse.
Tout d’abord, une Amérique crasseuse que Richet n’hésite pas à mettre en valeur ; on a des taulards, des racistes, des motards douteux, en bref, une Amérique qu’Hollywood affiche rarement au premier plan. Le tout pour dénoncer les absurdités de l’Amérique mais aussi de la société dans sa globalité.

Pour illustrer, un premier exemple avec Lydia (Erin Moriarty), la fille de John Link (Mel Gibson) qui achète des balles et demande un paquet de cigarettes. Seulement, elle refuse de montrer sa carte d’identité et donc… suspense… je vous dis bientôt la suite… c’est long hein… elle part uniquement avec les balles mais pas avec le paquet de cigarettes. Les joies de l’Amérique et la possibilité de se procurer des munitions sans être majeur mais sinon, à part ça, on prend soin de ta santé puisqu’on interdit la vente de cigarette aux mineurs. Les psychoses suite à des événements comme la fusillade de Columbine semblent bien loin ; merci société à la mémoire de poisson rouge, mais bon, on est là pour parler de cinéma. Derrière cette scène donc, Richet pose son regard de Français sur l’Amérique et envoie un premier pique aux Etats-Unis, et par la même occasion me fait sortir de mes gonds comme vous avez pu le constater !

Le second exemple concerne la société dans sa globalité, cette critique se fait au travers d’une discussion entre Lydia et Preacher (Michael Parks), le mentor de Link. Il explique en quoi l’univers marginal est incompréhensible pour une petite bourgeoise comme Lydia, ou encore que le rebelle est devenu une étiquette chic et vendeuse dans cette société de consommation.
Bref, plein de petites choses intéressantes dans ce discours qui traduisent une exaspération envers cette société formatée. Certes, le discours est intéressant, malheureusement, il n’est pas abouti ; beaucoup boiront les paroles de ce personnage – bien qu’il travaille pour des nazis, preuve que ce film n’est pas une série B manichéenne basique – pour au final se retrouver avec des paroles plus proche d’un Captain Obvious que d’une réelle réflexion.

En bref, ce film propose un peu plus qu’une simple série B dont le but serait de tout détruire violemment. D’ailleurs la violence, ici, semble montée de manière crescendo, comme une spirale infernale qui se terminerait brutalement. Blood Father, c’est aussi une certaine mise en abîme autour de Mel Gibson qui ne fait que concrétiser l’idée que nous sommes face à un film qui dépasse la série B.

Mel Gibson / John Link : même combat

Blood Father - Mel Gibson

En tant qu’acteur, on peut dire que Mel Gibson n’a pas été au top depuis Signes en 2002, et derrière la caméra, son dernier film date de 2006 avec Apocalypto. Après cela, nous n’avons eu que des premiers rôles dans des films moyens ou des rôles à la limite de la figuration. Seul Le Complexe de castor (2011) sortira son épingle du jeu, mais ne retiendra pas l’attention de la majorité qui attend de l’action de la part de Mad Mel. Avec Blood Father, on revient aux fondamentaux, quelle brillante idée d’avoir choisi Mel Gibson pour le rôle, et en voici les raisons.

Premièrement, John Link est un alcoolique sobre depuis deux ans, ex-taulard, le personnage est en quête de rédemption. Vous voyez où je veux en venir, notre cher australien a un parcours très similaire. En effet, il a aussi un passif avec la drogue et l’alcool ainsi que plusieurs controverses, et, tout comme Link, on peut dire qu’il s’est retrouvé au placard, celui des célébrités. On ne peut s’empêcher de faire constamment des parallèles entre l’acteur et son personnage. De la même manière, la renaissance passe par un retour aux sources, et quoi de mieux qu’un personnage brut à la Mad Max (1979) pour cela ? De plus, le personnage nous livre des sarcasmes dignes d’une autre icône incarnée par l’acteur : Martin Riggs de L’Arme fatale (1987).

Et au-delà du lien entre l’acteur et le personnage, quelle réussite, quel retour fracassant ! Vraiment Mel Gibson nous livre l’une de ses meilleures prestations depuis bien longtemps dans ce genre cinématographique. Il a une prestance physique incroyable (60 ans le monsieur faut le rappeler), il réussit à faire de l’humour, à offrir des émotions, bref une authenticité qui prouve une fois de plus qu’il est un grand acteur. Et en plus de revenir en tant qu’acteur, il se permet aussi de rempiler derrière la caméra prochainement avec Tu ne tueras point. La majorité s’accorde à dire que Mel Gibson fait son grand retour, il nous prouve clairement qu’il n’est pas fini et qu’il a encore beaucoup à donner au septième art. Blood Father est à Mel Gibson ce que Rocky Balboa (2006) est à Sylvester Stallone, et ce, pour notre plus grand plaisir !

Blood Father - Mel Gibson

 

Pour conclure, ce film s’inscrit dans de la série B qui propose plus que la moyenne. Si je vous fais payer la place de cinéma, normalement, vous ne demanderez pas à être remboursé. De toute manière, vous ne pouvez pas, ce qui est bien dommage parfois quand on voit ce que l’on nous donne à regarder sans complexe… Blood Father est intelligemment violent, livre un Mel Gibson over the top et des seconds rôles qui font du très bon boulot.

Mais attention, le film n’est pas parfait, on pourra reprocher à Richet d’abuser de zooms et dézooms ainsi que d’une caméra tremblotante pas toujours légitime contrairement à ce qu’il avait fait dans Ma 6-T va crack-er (1997) pour apporter une esthétique documentaire. En définitive, Blood Father est un très bon film non aseptisé, et qui fait du bien face aux blockbusters de l’été malgré ses quelques imperfections.

 

Ma critique vidéo sur Blood Father

Bande annonce VF de Blood Father

1. Pour en savoir plus sur N.W.A – Straight Outta Compton voir ma critique vidéo

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