Le cinéma Sud-Coréen pour les Nuls !

cinema coreen du sud

Le cinéma coréen reçoit d’année en année ses lettres de noblesse en Occident.  En France, le festival de Cannes a beaucoup contribué à sa visibilité en nominant de nombreux films pour « Un certain regard », voire même pour la Palme d’Or.

Pourtant, le cinéma coréen est souvent ignoré voire boudé du grand public, qui le considère souvent trop élitiste, parfois trop théâtral, ou n’a juste tout simplement pas la capacité de voir ces films à cause d’une bien trop mauvaise distribution. S’il peut rebuter au premier abord à cause d’une de ses principales caractéristiques qui est un aspect baroque, déroutant lorsque nous sommes habitués à une unité de ton et de thèmes, le cinéma coréen recèle de richesses insoupçonnées.

dernier train pour busan

Tout comme il serait faux de réduire le cinéma Français aux seules comédies de bas étages que l’on nous ressort chaque année, il est faux de réduire le cinéma coréen à une entité unique et sans complexité. Fouiller parmi les différents genres, obsessions et orientations du cinéma coréen, c’est s’ouvrir à un nouveau monde, loin d’un regard souvent aseptisé et premier degré des blockbusters américains.

Alors si vous cherchez un cinéma pétillant et nouveau, voici une petite sélection de films coréens qui ont fait leur preuve sur un public occidental.

La sélection ne se concentre que sur des films sortis après les années 2000, car plus accessibles (moins datés dans leurs effets et plus proches de standards occidentaux dans leur manière de faire).

L’explosion du cinéma Coréen

Le cinéma coréen est un cas très intéressant dans l’industrie cinématographique. Modelé par les différentes formes de censure qu’il a connu dans son histoire, il a connu une nouvelle vague dans les années 80 qui a totalement révolutionné sa conception.

C’est dans les années 2000 cependant qu’il commence à s’exporter à l’étranger par des distributeurs comme CJ Entertainment et Showbox qui donnent de la visibilité à ce qui jusque-là ne s’adressait qu’à une niche.

Et le décloisonnement s’opère d’année en année. Prenons par exemple l’année 2016 : Deux films coréens ont, durant l’été, frayé leur chemin jusqu’au succès public et critique, détrônant même de gros blockbusters américains boudés par le public (oui oui, c’est de vous qu’on parle Suicide Squad et Ghostbusters). Même si Suicide Squad est le 20ème film à avoir eu les meilleurs entrées au box office français (le téléchargement illégal, ça a du bon parfois).

Bien sûr, certains films que nous aborderons en seconde partie avaient déjà réussi à émerger en France, mais peu auront suscité un tel plébiscite de la part d’un public à priori non « initié » au cinéma sud-coréen. Le premier film a avoir marqué les esprits est Dernier Train pour Busan.

 

Quels films regarder pour découvrir le cinéma Coréen ?

 


Dernier Train pour Busan

dernier train pour busan

Il s’agit d’un film de zombies aux codes relativement classiques, qui a su conquérir le cœur des Français et qui reste, plus de six mois après, cité comme une référence.

Il conte l’histoire d’un père et de sa fille dans un train, et non ce n’est pas le début d’une mauvaise blague, mais bien celui d’un film catastrophe effréné. Ce train représente, en effet pour ses voyageurs, le dernier espoir pour se tirer vivants d’une épidémie d’un virus qui éveille la violence des contaminés car il doit rejoindre la dernière zone non contaminée de la Corée, Busan.

La recette pour Dernier Train pour Busan est simple : reprendre les codes des classiques de films de zombie, y ajouter une pincée d’inspirations du côté du film catastrophe, et placer le tout sur une trame politique.

En soit, il reprend un peu la formule employée par Boog Jon Ho pour le fantastique The Host, évoqué plus loin dans l’article.

Ceci dit, le réalisateur Sang Ho Yeon lisse à l’extrême le jeu des acteurs et se décharge d’une certaine dramaturgie (les mauvaises langues diront exagération) inhérente au cinéma coréen.

dernier train pour busan

Minimaliste dans ses effets, le film ne fait que très peu de ruptures de ton pourtant caractéristiques du cinéma coréen, se déchargeant ainsi d’un aspect baroque pour devenir plus froid et brut. Cet aspect plus lisse a sans doute beaucoup plus parlé au public occidental, qui y a revu l’exploitation de schémas connus, et donc, ne s’est pas vu chamboulé dans sa vision du cinéma. Pour peu que vous soyez habitués au grand phénomène de mode que sont devenus les zombies avec The Walking Dead et autres films d’horreur comme La Colline a des Yeux, ce film emploie des codes assez classiques qui ne vous dérouteront pas.

Un succès en somme pas vraiment surprenant, tant Dernier Train pour Busan est un Blockbuster efficace et calibré pour le grand public…

A un détail près : Le film n’a pas joui d’une campagne marketing et d’une distribution plus intense que les autres films coréens, son succès ne s’est donc fait que par bouche à oreille aidé sans doute par un public jeune qui a relayé son amour pour le film sur les réseaux sociaux. Et s’il y a réellement une bonne leçon à tirer de ce film, c’est que le public a tout pouvoir sur le succès d’un type de cinéma. Certaines salles ont par exemple programmé le film alors qu’il n’était pas prévu ou augmenté le nombre de séances sous la pression des spectateurs demandeurs.

Une porte ouverte, qui sait, à une médiatisation plus importante pour le cinéma coréen. Et si Dernier Train pour Busan permet l’ouverture par le fait qu’il soit adressé à un public très large au cinéma coréen en général, alors son existence n’est pas vaine. Il est resté 13 semaines à l’affiche et a comptabilisé près de 280 000 entrées en France.

Bande annonce de Dernier Train pour Busan

En marge de ce succès, The Strangers de Na Jong Hin s’est frayé un petit chemin vers le succès critique et possède une Fanbase solide durant l’été 2016. Un film de zombies, encore, traité tout à fait différemment du Dernier Train pour Busan.

 


The Strangers

The Strangers

The Strangers conte l’histoire d’un policier issu d’un petit village perdu au fin fond de la Corée et qui va être confronté à une épidémie qui transforme les habitants en zombies. Avec son manque de moyens et sa méconnaissance du sujet, il est totalement impuissant face à ce coup du sort. La ville peine à faire face, son hôpital ainsi que les équipes de secours sont vite submergés et abandonnés par des autorités qui ne prêtent pas cas de leur bourgade rurale.

Même si Na Jong Hin fait figure de « superstar » pour les amateurs de cinéma coréen, après des films comme The Chaser ou The Murderer, il est relativement inconnu du grand public. The Strangers est un film relativement moins abordable que le Dernier Train pour Busan.

The Strangers

Il reste tourné autour de la même thématique des zombies, mais il est bien plus « coréen » dans son style : on y retrouve l’aspect baroque tout en rupture de tons, l’exagération des jeux d’acteurs, et aussi une certaine déconstruction de la narration chère à ce réalisateur. Ces films n’ont pas été les premiers à jouir d’un succès public et critique qui ont propulsé la visibilité du cinéma coréen.

Ainsi, quelques films sont même devenus des incontournables, des classiques, des basiques, des petites robes noires qu’on doit tous avoir dans sa garde-robe ma chérie, bref, des films à voir en somme. Ils sont devenus si marquants que leur influence se ressent même dans le cinéma occidental parmi des auteurs friands de folies coréennes.

Bande annonce de The Strangers

Le film coréen sans doute le plus connu au monde est Old Boy de Park Chan Wook.

 


Old Boy

Old Boy

Il conte l’histoire d’un homme enfermé du jour au lendemain dans une cellule durant 15 ans, sans qu’il ne sache ni pourquoi il a été enfermé, ni comment, ni par qui. Il est libéré tout aussi soudainement et ne va alors être guidé que par un seul instinct : la vengeance, afin de retrouver son geôlier.

Célébré à Cannes en 2003, ce film est un tel monument qu’un remake américain a été réalisé dix ans plus tard par Spike Lee. Bien en dessous de l’original cependant (comme c’est presque toujours le cas avec les remakes).

Old Boy est un film d’action survolté et psychologique, teinté d’un bon gros twist final qui a créé la surprise lors de sa sortie. Ce qui fait que Park Chan Wook « marche » si bien en France, c’est sans doute son inspiration puisée au cœur de grands classiques de la littérature : Old Boy évoque ainsi le Comte de Monte-Cristo, Thirst est une libre adaptation du roman Thérèse Raquin de Emile Zola (mais avec des vampires. Oui oui.), et son dernier chef d’œuvre, Mademoiselle, est adapté du roman anglais Du bout des Doigts de Sarah Watters.

Bande annonce de Old Boy

Il y a une interpénétration et beaucoup d’inspiration entre le cinéma oriental et occidental, et ce depuis toujours.

Ceci étant, l’inverse est vrai aussi. Et Park Chan Wook, connu pour la trilogie de la Vengeance (Lady Vengeance, Mr Vengeance et Old Boy) a beaucoup emprunté à un de ses collègues américains l’écriture. Sa principale source d’inspiration étant Quentin Tarantino, dont le lien avec Lady Vengeance paraît plus qu’évident.

Lady Vengeance conte l’histoire d’une femme emprisonnée pour un crime qu’elle n’a pas commis. Elle y fomente sa vengeance envers le vrai coupable, qu’elle va tenter de retrouver dès sa peine effectuée. La violence omniprésente et sacralisée, la vengeance sanctifiée des personnages en quête de rédemption, ne peuvent qu’évoquer des films comme Kill Bill ou Pulp Fiction.

Quentin Tarantino déclare d’ailleurs souvent être lui-même très inspiré de cinéastes coréens comme Boong Jon Ho ou Park Chan Wook, dont certains de leurs films font partie de sa filmographie fétiche. Le cinéma de Park Chan Wook est, de ce fait, assez proche d’un certain cinéma « auteurisant » de l’occident et ses codes peuvent s’inscrire facilement dans une filmographie de basiques à voir pour tout cinéphile qui se respecte.

Les films de Boong Jo Ho constituent aussi de grands classiques du cinéma coréen. The Host est sans doute le plus représenté de ses films à l’étranger.

 


The Host

host

Il raconte l’histoire d’une petite ville de Corée qui va être la cible d’attaque d’un monstre aquatique devenu fou à cause de fuites de produits dangereux lancés par une multinationale.

Il reprend à son compte une esthétique et des codes du cinéma américain d’horreur et catastrophe pour les transcender en offrant un regard très critique sur la domination du monde par quelques grandes entreprises. Boong Jo Ho a réalisé, quelques temps après, un film avec un casting totalement occidental et réalisé en coproduction avec des studios américains et … Français.

Bande annonce de The Host

 


Snowpiercer – le Transperceneige

Snowpiercer

Le Transperceneige se place dans le futur et conte l’histoire d’un train divisé selon les catégories sociales des voyageurs. (Marx n’approuverait pas ce film).

Le monde a subi une période glaciaire totale et le train doit faire le tour de la planète jour et nuit car il est le dernier refuge de l’Humanité.  Il va conter la rébellion du wagon des pauvres qui vont peu à peu remonter jusqu’au wagon des riches. (Ah si, peut-être que Marx approuverait en fait.)
Adapté librement d’une BD franco-belge, ce film est peut-être un des plus « faciles » pour débuter dans le cinéma coréen car son casting ne déroutera pas, ni le jeu d’acteur.

Sa mise en scène et sa photographie restent pourtant très personnelles et offrent un film visuellement époustouflant, au cœur d’une dystopie sensible et intelligente.

Bande Annonce de Snowpiercer : Le Transperceneige

 


Vous êtes désormais initiés un peu aux codes coréens, et c’est bien !

 

Mais voici trois dernières sélections de film pour aller plus loin :

1. Dans un premier temps, Deux Sœurs de Kim Jee Won est un classique du cinéma d’horreur coréen absolument indispensable.

Loin des films « attraction » bourrés de jumpscares que les gros studios américains nous pondent à la sortie d’Halloween, Deux Sœurs, lui, est tout en finesse et en évocation, jouant bien plus sur l’horreur et l’étrangeté que sur le sursaut facile.

Deux Sœurs

Il conte l’histoire de deux sœurs, Su-Mi et Su-Yeon,qui font un séjour chez leur belle-mère avec leur père. Mais Su-Mi semble éviter sa belle-mère, tandis que sa petite sœur en a très peur. De nombreux évènements paranormaux commencent à ponctuer leur séjour, et le conflit avec leur belle-mère devient de plus en plus étouffant chaque jour.

Ce film joue avant tout sur la tension psychologique et l’ambiance pour instiller son drame, il est tendu et impitoyable. Il y a de sacrées pépites à aller dénicher en Corée, et ce film constitue une des premières bases pour entrer dans ce monde horrifique.

 

2. Un deuxième genre dans lequel la Corée excelle est le thriller psychologique.

En matière de classique, c’est sans doute J’ai Rencontré le Diable de Kim Jee Won (oui encore lui) qui constitue le film le plus indispensable à voir.

Il conte l’histoire d’un jeune homme devenu fou de douleur lorsque sa petite amie se fait tuer de manière gratuite et spontanée par un tueur en série déséquilibré. Policier, il va pourtant chercher à se venger par des circuits illégaux, et de la manière la plus cruelle et violente possible.

Rencontré le Diable

Le postulat de base du film est très classique, et la situation, en somme, assez convenue. Il aurait pu sombrer dans de la vulgarité mêlée à de la violence gratuite, mais il est sauvé par une mise en scène magistrale et servie par des acteurs d’une justesse exemplaire.

Les scènes, d’une violence inouïe, sont filmées avec rigueur et maestria. J’ai Rencontré le Diable est un film qui marque un nouveau jalon dans le genre du thriller psychologique, imposant à lui seul un nouveau standard assez dur à surpasser.

Bande annonce de J’ai Rencontré le Diable

 

3. Enfin, dans un genre différent, A Dirty Carnival reprend à sa sauce le code des films de gangster à l’italienne (type mafioso) pour parler de la mafia Coréenne.

Il conte l’histoire d’un gangster ambitieux qui souhaite gravir les échelons dans la pègre jusqu’à devenir le bras droit du grand patron de la ville. Il a un jour l’occasion de prouver sa valeur en réalisant une mission délicate : tuer le procureur de la ville.

Mais la réalisation de cette mission a un prix, qui sera pour lui bien lourd à payer. Sous ses dehors classiques, A Dirty Carnival rivalise d’ingéniosité dans sa mise en scène.

Dirty Carnival

Il réemploie les codes des films de gangsters sans les dénaturer, mais pour offrir un regard dépaysant sur ce genre un peu poussiéreux. Le réalisateur Ha Yu profite même de la zone de liberté créée par son film pour porter un regard critique sur l’industrie cinématographie coréenne, dénonçant corruption et « Fanservice » qui conduisent les grosses productions financées par des studios peu scrupuleux à devenir aseptisées et fades.

A Dirty Carnival reste teinté du regard ironique et distancié propre au cinéma coréen, offrant des ruptures de ton parfois déroutantes, mais une expérience en tous cas très intéressante d’un point de vue narratif et cinématographique.

 


J’espère que cette sélection très partiale et partielle permettra à quelques curieux de s’ouvrir aux vastes joies qu’offre le cinéma coréen. Bien entendu, je ne saurais conclure qu’en vous conseillant la filmographie des grands réalisateurs classiques (Park Chan Wook, Bong Jon Ho, Na Jong Hin, Kim Jee Woon), et des moins classiques bien entendu.

Le cinéma coréen s’établit dans des thèmes de prédilection comme le rapport à la famille, le rapport au tabou et à la marginalité dans une société très normée, et une grande violence avec une omniprésence du thème de la vengeance.

Qui sait, peut-être ces thématiques feront-elles le sujet d’un prochain dossier sur le cinéma venu de Corée…

Nous sommes très heureux d’accueillir Dolores dans la team TOP250 ! Elle va réaliser de super dossiers complets sur le cinéma. Dolores est actuellement stagiaire en journalisme et a fait les Beaux Arts puis un Master création littéraire.
Ses passions ? Les poneys, les canards, et la musique avec de méchants chevelus. Ah ! Et elle est Youtubeuse aussi 🙂

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1 commentaire

  1. Math

    8 mars 2017 à 16 h 47 min

    Merci 🙂 C’est vrai que c’est sympa de découvrir un autre type de cinéma que le classique cinéma Hollywoodien

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