Les Années 80 : Retour sur une époque qui a boulversé le cinéma !

Partie 1 – Révolutions ?

The Thing, Vendredi 13, Spinal Tap, Blade Runner, Star Wars, Blow Out, Blue Velvet… On allonge encore plus cette liste ou ça ira ?

Vous l’aurez compris, nous allons nous tourner vers le cinéma des années 1980.

bladerunner

Blade Runner

Cependant, avant toute étude, disons quelques mots sur cet article. Il s’agit d’un focus n’ayant pas la prétention d’être ce qu’il n’est pas. En revanche, nous pouvons dire que ces quelques lignes s’essayeront à une introduction diagonale du sujet ; laissant la possibilité à tout à chacun de continuer ses recherches par lui-même.

Ainsi, après cette courte justification, parlons du dossier. Il sera constitué de deux parties : une se concentrant sur le contexte et l’histoire, l’autre traitant des codes importants et de cette politique du revival aujourd’hui bien ancrée dans notre culture. La grande question étant : comment des films ayant entre 30 et – bientôt – 40 ans, parviennent-ils toujours à toucher le public et à battre des records au box-office ? Ou encore : comment des films représentatifs d’une époque peuvent toujours être d’actualité ?

Ainsi, avec ces idées en tête, plongeons au sein des films, entre cinéma d’auteur et Blockbuster.


Les années 1980

Pour comprendre le cinéma d’une époque, il nous faut déjà en comprendre l’époque.

En nous tournant du côté de l’histoire, nous pouvons relever certains faits. Politiquement, l’Amérique est régie par Reagan, l’Angleterre est sous l’ère Thatcher et la France voit le PS arriver au pouvoir.

Globalement, le monde se démarque par une vague néo-libérale. Les années 1980 sont des années entre révolutions technologiques et peurs grandissantes : guerre Iran- Irak, guerre du Liban, prise de conscience du SIDA, catastrophe de Tchernobyl et Bhopal, chute des régimes communistes (Europe de l’Est) et du Mur de Berlin, dégradation écologique majeure, assassinat de John Lennon, le krach de 1987 ; arrivée du Macintosh, de l’Internet, Windows ou encore du jeu-vidéo (la NES).

80s

L’ère hippie se termine progressivement pour une époque centrée sur l’image. La mode se concentre sur le soi, le fric, la frime avec des objets comme le walkman, les lunettes de soleil, les marques mises en valeur, les bijoux.

C’est une époque prospère, de liberté et fructifiante pour l’art : que dire des nombreux nouveaux genres musicaux, du heavy-metal à la house et la techno. C’est aussi des années où le petit peuple prend position culturellement : prêt-à- porter, streetwear et mode hip-hop.

Cette décennie est entre l’époque d’émancipation d’après-guerre et l’époque de la culture du soi, notre époque.

Ainsi, la mode est réutilisée pour la communication alors que le clip et MTV naissent, que les sagas télévisées sont croissantes, que le bling-bling et le toujours plus sont devenus la norme.

Au sein de cette époque de liberté, fric et frime, le cinéma va subir de nombreuses (r)évolutions. La technologie grandissante, les effets-spéciaux se feront plus nombreux et plus impressionnants. Des films vont être construits sur la base de clips musicaux ; tel Flashdance.

flashdance

Flashdance

Durant la première moitié de la décennie, de nombreuses figures du cinéma classique ou des 60’s décèdent : Alfred Hitchcock et Steve McQueen (1980), Abel Gance et Jean Eustache (1981), Ingrid Bergman et Jacques Tati (1982), Luis Buñuel et Robert Aldrich (1983), François Truffaut (1984), Orson Welles (1985).

En parlant simplement des réalisateurs de cette époque, nous pouvons en dire que certains grands maîtres disparaissent alors que d’autres confirment leur talent et qu’une nouvelle nouvelle vague se crée : les frères Coen, Sam Raimi, Gus Van Sant, etc. Cette époque constitue ainsi une sorte de transition entre d’un côté le classicisme d’antan, les expérimentations des Nouvelles Vagues, le « grand bordel » des 70’s et le retour à un cinéma formaté par les studios.

Ainsi, pour bien avoir en tête l’époque, faisons en une courte histoire à travers des films aujourd’hui cultes, année après année. 1980 est une année prolifique entre Elephant Man de David Lynch, Raging Bull de Martin Scorsese et Shining de Kubrick.

Shining

Shining

Cependant, en France, c’est la comédie ou le drame français qui prônent : la Boum de Claude Pinoteau, le dernier métro de François Truffaut ou encore les sous-doués de Claude Zidi. L’année suivante débutent deux sagas cultes : Evil Dead de Sam Raimi et Indiana Jones de Spielberg.

En 1982, Schwarzenegger devient mondialement connu grâce à Conan le Barbare alors que sortent E.T. (Spielberg), Tootsie (Sydney Pollack), le premier Rambo ou encore Blade Runner (Ridley Scott). Cette même année, Steven Lisberger donne vie à Tron pour Disney, premier film construit sur la base du numérique.

Malgré son échec, Tron lancera une course à l’évolution technologique et aux effets spéciaux toujours grandissants. En 1983, De Palma sort sa version de Scarface, John Carpenter sort Christine, Star Wars clôt sa première trilogie et Claude Berri sublime Coluche dans Tchao Pantin. Cependant, les jours les plus fructifiants seront ceux de 1984 (prémonition de George Orwell?).

Tchao Pantin

Tchao Pantin

Pour faire vite : SOS Fantômes, Dune (David Lynch), Terminator, Dead Zone, Il était une fois en Amérique (Sergio Leone), Paris, Texas (Wim Wenders), les Gremlins (Joe Dante), etc.

En seulement quatre ans, la décennie avait trouvé son identité cinématographique. De grandes sagas naissaient et les studios donnaient toujours plus de suites à leurs succès. Pour terminer rapidement, nous pouvons citer Retour vers le futur et les suites de Rambo / Rocky (1985) ; Top Gun, Highlander et La Mouche (1986, année de création de la Fémis pour les cinéastes) ; Dirty Dancing, RoboCop et Predator (1987) ; Die Hard, Le Grand Bleu et Beetlejuice (1988) ; et enfin, l’Arme Fatale 2, Quand Harry rencontre Sally et Drugstore Cowbow (1989). De ce listing – certes redondant – nous voyons surtout que de nombreux cinéastes faisant l’actualité du cinéma de notre époque, imposaient déjà leur style ou débutaient simplement.

Mais pour continuer notre étude, pénétrons plus profondément au sein de ces films et de leur logique.

retour vers le futur

Retour vers le futur


Spécificités d’une époque

Essayons-nous ici à comprendre quelques grandes caractéristiques du cinéma des années 1980.

Même si nous n’aborderons pas la question de l’analyse de films (prévue pour la deuxième partie de ce dossier), nous essayerons de comprendre les grandes questions et stratégies régissant réalisateurs et studios.

Ainsi, nous évoquerons trois hypothèses (sous forme d’expression), posées là afin d’en lancer un débat actif.

 


La nouvelle vague classique.

Cette décennie voit l’affirmation de cinéastes américains ayant constitué la nouvelle vague américaine au tournant des années 1960.

Pour ne citer que les plus connus : Martin Scorsese, Steven Spielberg, Brian de Palma, Francis Ford Coppola, Georges Lucas, Ridley Scott.

Venant pour beaucoup d’écoles de cinéma (la U.C.L.A à Los-Angeles ou la New-York University), ces cinéastes se sont inspirés du cinéma d’auteur de la Nouvelle Vague européenne dans le but de modifier profondément leur cinéma national, de faire bouger ce classicisme latent.

Cependant, à leur arrivée dans la décennie des 80’s, ces cinéastes ont déjà fait leurs preuves et n’ont plus qu’à asseoir leur style et leur réputation. Chacun continuera l’expérimentation, tant sur l’image que sur la technologie ou les sujets abordés.

Mais ils pactiseront également avec les grands studios afin de trouver le juste milieu entre leur conception auteuriste et la face économique de cette industrie.

Déjà en 1975, Spielberg donnait naissance à l’idée de Blockbuster avec les dents de la mer. Deux ans plus tard, les salles de cinéma commençaient à s’équiper massivement en Dolby Stéréo suite à la projection du premier Star Wars. Cette bande présente depuis plus de dix ans au sein du monde cinématographique va constituer le socle de l’industrie cinématographique.

les dents de la mer

Les dents de la mer

Parler du cinéma des années 1980 c’est parler de ces cinéastes et de leurs blockbusters : Blade Runner, le Parrain, les Incorruptibles, Taxi Driver, Star Wars, etc. Ne constituant qu’une petite poignée des cinéastes de l’époque, ils vont cependant parvenir à modifier profondément, et l’attente du public, et l’industrie cinématographique, tout en ajoutant une plus-value de style misant en grande partie sur les nouvelles technologies. Et plus encore, une idée omniprésente à notre époque va s’imposer grâce à eux.

parrain

Le Parrain


Des univers toujours plus grands.

Concentrons- nous ici sur l’univers des films.

En effet, au cours de cette décennie, les studios de cinéma vont réfléchir à de nouveaux moyens de « gagner plus ». Outre une réutilisation de la pop culture (MTV, clip télévisé) ou encore un investissement dans les séries télévisées, les grands producteurs vont avoir l’idée de donner la possibilité au public de vivre plus longtemps au sein de l’univers qu’ils aiment : Jackpot !

Les années 1980, ce sont les grandes sagas : Retour vers le Futur, le Parrain, Mad Max, Evil Dead, Star Wars, Indiana Jones, etc.

indiana

Indiana Jones

Les studios, en accord avec les cinéastes, vont donc baser leur stratégie sur une politique de reprise, réappropriation et suite. L’idée étant de créer des films en prenant un univers de base et en y modifiant quelques éléments.

Face à cette brillante idée, le public se déplace en masse pour suivre les aventures de leurs héros : c’est l’ère du cinéma en série ; qui sera par la suite accentué avec un goût toujours plus prononcé pour les sagas télévisées.

Cette politique repose cependant sur un toujours plus grand formatage du cinéma et sur une nouvelle manière de faire la publicité des films. Le film doit pouvoir être retranscrit au sein du clip annonce alors que les scénarios sont réduits pour – dans la seconde moitié de la décennie – ne devenir que des prétextes à action : toujours plus d’action pour toujours plus d’argent.

N’avez-vous jamais remarqué que dans ces films, le héros gagne toujours, même à la limite de la mort ? En quelque sorte, l’industrie est donc revenue à un classicisme, normé, formaté, de manière à être vu du plus grand nombre.

Cependant, l’intelligence des cinéastes de l’époque permettra de donner vie à de véritables chefs-d’oeuvre. C’est alors que nous pouvons nous rendre compte qu’esprit économique et artistique ne sont pas forcément en totale opposition.

Et puis, ces univers toujours plus grands et plus longs ont permis également l’arrivée des fan base et de la marchandisation massive de produits dérivés : Star Wars en tête aujourd’hui. Grâce à ce nouveau marché, les studios gagnent toujours un peu plus.

Mais, au tournant des années 1990, le public va se lasser, les studios devant à nouveau réfléchir à comment gérer leurs marchés.

En résumé, les cinéastes ont choisi de perdre une partie de leur indépendance au profit des studios et des coûts de fabrication des films.

star wars

 


Entre western et science-fiction.

À première vue, vous situeriez les années 1980 au sein de quel genre ?

Après le listing de la première partie, sans aucun doute, cette décennie est celle de la science-fiction, du fantastique et du cinéma d’horreur : la décennie du cinéma de genre.

Alors que le western perd de plus en plus sa place pour n’être plus que représentatif d’une mauvaise conscience américaine à la suite de la guerre du Vietnam, le cinéma de genre va développer d’autres facettes, massivement. C’est Carpenter pour l’horreur, Ridley Scott pour la science-fiction, David Lynch pour le fantastique, Tim Burton pour l’horreur-fantastique ou encore George Miller pour la science-fiction-horreur ; même si ces réalisateurs ne peuvent être que difficilement catégorisés.

C’est également l’époque des films catastrophe à grands budgets. La technologie évoluant, le cinéma s’interroge fortement sur le devenir technologique de l’humain : au sein d’un monde apocalyptique dans Mad Max, devant faire face à une invasion dans Aliens le retour ou au sein même de l’ordinateur dans Tron. Les grands thèmes de l’époque interrogent l’humain au sein d’un monde en mutation, un monde qui s’ouvre ou se referme, un monde qui a ou va prendre peur. Ainsi, ce cinéma reflète les idées générales berçant les cinéastes : guerre, dégradation écologique, SIDA, etc.

mad max

Mad Max

Ici, les héros des films sont dépassés par des forces qu’ils ne peuvent plus contrôler. Ils n’ont plus simplement à s’intégrer au sein d’un espace et à tirer au bon moment, ils doivent apprendre à survivre et s’adapter à un environnement en mutation constante.

Les films parlent de ce qui est étranger au quotidien et de comment on accepte cette étrangeté, comment on lui fait face.

Et puis, nombre de films fondent l’emprise du spectateur sur l’idée de vie ou de mort ; voulant dire par là que la seule préoccupation du spectateur est de savoir si le héros va vivre ou mourir (bien heureusement, l’époque veut que le héros gagne toujours).

Le cinéma des 80’s se tourne vers cette ère technologique et de médiatisation, cette ère imaginée par Orwell dans son 1984, notre époque. Cependant, vers la fin de la décennie, le cinéma d’action s’épuise pour laisser place à un cinéma patriotique à la Top Gun et aux années 1990 marqués par une stagnation latente.

top gun

Top Gun


Et la France ?

Eh bien, en ayant consulté le box-office français de chaque année, c’est bien le cinéma comique et les blockbusters américains qui s’imposent. Restent quelques grandes figures de la Nouvelle Vague tels Godard ou Truffaut, mais le cinéma d’auteur s’essouffle pour laisser place à des comédies incarnées par De Funès ou Coluche.

Cependant, de nouveaux cinéastes vont faire leur arrivée vers la fin de la décennie, apportant un vent de fraîcheur sur le cinéma français. Pour n’en citer qu’un, Luc Besson, qui s’est lui-même inspiré du cinéma américain pour faire du cinéma français.

Ainsi, alors que la Nouvelle Vague américaine s’était inspirée de l’Europe pour créer, la vague incarnée par Besson va s’inspirer du cinéma américain : la boucle est bouclée.

Car, à l’orée des années 1990, seuls les blockbusters américains s’imposent au box-office. Les années 1980 constituent donc un lent déclin pour le cinéma français.

 


T’as déjà vu Blade Runner ?

blade runner

Bref, tu l’auras compris, le cinéma des années 1980 est à l’effigie de l’époque : fric et frime. Malgré ce lourd aspect financier, certaines pépites ont pu voir le jour.

Après toutes ces informations, il est temps pour nous de faire une pause.

Dans la deuxième partie de cet article, vous pourrez aller plus loin dans l’analyse en étudiant les codes et motifs récurrents de cette époque : ce sont les vaisseaux, les néons, une colorimétrie spécifique, l’incarnation du héros, etc.

Grosso modo, tout ce qu’on retrouve dans Blade Runner de Ridley Scott. Mais attends, que me dis-tu ? Tu ne l’as jamais vu ? Bah tu sais quoi regarder ce soir !

En plus, un Blade Runner 2 sort cette année, près de 40 ans après la première version. De ce fait, on aura également l’occasion de parler de cette nouvelle stratégie de l’industrie cinématographique. Justement, sans te spoiler : Replicant ou pas ? Bonne séance !

 


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Antoine Brünnens. Ma Page Facebook : CASCADE productions Mon profil Top250 : @antoinebrunnens

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