[Dossier] Films et séries : VF ou VOSTFR, entre trahison et nécessité

vost vf

1. Confession et concessions sur la V.O.S.T.

« Le doublage est une infamie. » Jean Renoir

Au temps jadis, au cours de ma lointaine scolarité lycéenne en option cinéma audiovisuel, je me rappelle avoir assisté au CinéMed : le festival international du cinéma méditerranéen, à Montpellier.
Lors d’une des conférences, alors que l’intervenant montre un extrait des Sentiers de la Perdition de Sam Mendes en version française (pour en analyser la musique !), un mouvement de panique agite les premiers rangs. Un homme se lève. Il est enseignant comme en témoignent ses lunettes portées au bord du nez et les coudières cousues sur les manches de son blazer en velours côtelé. La respiration rapide et les yeux injectés de sang, il interpelle l’intervenant : « C’est scandaleux ! On s’fait chier toute l’année pour que nos élèves regardent les films en VO et vous nous mettez cette merde !« . L’homme est rapidement maîtrisé. Il sera jugé et incarcéré au cours du mois suivant l’incident.

Plus sérieusement : Si, à l’époque, j’étais absolument désintéressé de la question, l’homme venait de planter dans mon cerveau une graine de réflexion qui germerait des années plus tard.

Lorsqu’on est jeune, une version originale sous-titrée c’est un film kazakh diffusé sur ARTE à 3 heures du matin avec des sous-titres jaunes très moches qui attirent suffisamment l’attention pour ne pas se mettre une balle dans la tête face au contenu immensément triste et lent de l’œuvre visionnée.
Et puis, un jour, tu t’aperçois que le fameux « You talkin’ to me ?! » de De Niro dans Taxi Driver, eh bien tu l’as jamais vraiment entendu. Que la célèbre « offer you can’t refuse » de Marlon Brando dans The Godfather, elle n’a jamais caressé ton oreille de profane. Et là, c’est le vertige : Al Pacino, mon acteur préféré ? Mais je n’ai jamais entendu le son de sa voix ! Le Parrain, Star Wars, Le Bon la Brute et le Truand, tous ces films cultes … Les ai-je vraiment vus ?

Film le Parrain

Soyons clairs : cet article, bien que nuancé en seconde partie, est pro-V.O.S.T. Toi, étranger belliqueux, partisan des versions françaises, je t’adresse immédiatement mes quelques concessions pour mieux te montrer à quel point tu as tort :

  • Oui, les sous-titres sont fatigants. A cause des sous-titres, le cinéma devient une gymnastique visuelle contraignante qui lui enlève sa dimension divertissante.
  • Oui, les sous-titres participatifs (rédigés par une communauté d’utilisateurs comme sur Netflix ou YouTube) sont souvent approximatifs et insuffisamment corrigés pour être toujours satisfaisants.
  • Oui, les sous-titres sont limités en terme d’espace et de durée, doivent être courts et efficace et ne peuvent donc pas être la retranscription complète et totale du fond et de la forme des dialogues.
  • Oui, les sous-titres sont une atteinte visuelle à l’esthétisme et la construction des plans d’un film et diminuent, de fait, l’immersion du spectateur.

Oui, les sous-titres sont une solution imparfaite.
Pourtant, laisse-moi t’expliquer pourquoi le doublage ne doit pas être une alternative acceptable.

2. Version française et doublage, ça vient d’où ?

Le doublage des films s’est très vite imposé par ambition commerciale. Au temps des films muets, la distribution d’un film à l’étranger nécessitait seulement la traduction des textes explicatifs dans la langue d’exportation. Lorsqu’est venu le cinéma parlant, on a sérieusement envisagé de « doubler » les films en les tournant plusieurs fois, en remplaçant, à chaque scène, les acteurs par leurs homologues d’autres pays. Ainsi, certains films, comme The Doctor’s Secret de William C. De Mille ont été tournés en 8 versions linguistiques différentes, avec 8 castings différents. Imaginez le budget d’Independence Day multiplié par 8 pour assurer sa distribution en Europe. L’idée a rapidement été abandonnée et les acteurs ont été invités à devenir polyglottes pour enregistrer leurs dialogues en plusieurs langues. Sans succès, non plus, en raison d’accents trop marqués pour être intelligibles.
Alfred Hitchcock pose des bases prometteuses lors du tournage de « Chantage » en 1929. Pour rendre son actrice principale compréhensible (car dotée d’un fort accent slave), Hitchcock lui demande de mimer ses dialogues alors récités par une autre actrice, enregistrée depuis une cabine son. C’est ensuite le cinéma italien qui adopte le doublage tel que nous le connaissons aujourd’hui en raison du caractère souvent international de ses castings. On en reparle un peu plus tard…

Jusqu’en 1995, les doubleurs français manquaient cruellement de reconnaissance. Leur nom n’était, à l’époque, mentionné nulle part dans le film et ils ne touchaient aucun droit sur la diffusion des œuvres qu’ils doublaient. C’est par une grève qu’ils mirent fin à cette situation doublement précaire.

Pourtant, bien avant 1995, certains doubleurs étaient déjà des superstars. Voyons pourquoi leur succès est devenu une des problématiques principales du doublage.

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3. Trahir la forme : le problème des doubleurs.

« En somme un film doublé, c’est un film qui a perdu la moitié de son intérêt. » Louis Jouvet

Peut-on aimer et admirer un acteur lorsqu’on n’a pas entendu le son de sa voix, l’intonation de ses répliques, la sincérité de son jeu ? Peut-on aimer Al Pacino dans Scarface sans l’avoir entendu hurler : « Say hello to my little friend ! » ? (devenu : « Elle va cracher ma vieille frangine ! » en VF). Peut-on apprécier le talent d’Anthony Hopkins dans The Silence of the Lambs sans avoir entendu sa voix reptilienne et trainante parler de foie et de cervelle ? Peut-on prendre au sérieux le Joker de The Dark Knight quand on se rend compte qu’il a la voix française de Michael Kyle dans Ma Famille d’abord ?

Je suis convaincu que non. Bien sûr, on peut saluer leur performance, mais nous n’en avons reçu que la moitié.

Il faut reconnaître aux doubleurs un immense talent. Tout en n’étant pas exposés aux conditions de tournage et de mise en scène rencontrés par les acteurs (et en n’encaissant pas la moitié du montant de leur chèque), les doubleurs parviennent à restituer leur émotion et appeler à l’empathie du spectateur. Par imitation. Ce talent étant rare, seule une poignée de doubleurs français s’est longtemps disputée le statut d’indispensable, au point, pour certains, de devenir les voix officielles des superstars hollywoodiennes. Mais que se passe-t-il lorsqu’une vedette américaine a … trois doubleurs différents ?

Dans la saga Indiana Jones, Harrison Ford est doublé par trois professionnels différents :

  • Dans Raiders of the Lost Ark, Claude Giraud. Egalement la voix de Tommy Lee Jones (« K ») dans Men In Black, de Alan Rickman (Professeur Rogue) dans Harry Potter, de Liam Neeson (Ras Al Ghul) dans Batman Begins … entre autres !
  • Dans Temple of Doom, Francis Lax. Egalement la voix de John Cazale (Fredo), dans le Parrain ou même Bob Dylan (Alias) dans Pat Garrett and Billy the Kid.
  • Dans The Last Crusade, le célébrissime Richard Darbois. Egalement la voix de Danny Glover dans l’Arme Fatale, Richard Gere dans Pretty Woman (entre autres), Dan Aykroyd (SOS Fantomes), Jeff Goldblum (Jurassic Park), Patrick Swayze, Sylvester Stallone, Liam Neeson (encore lui), Bill Murray, Arnold Schwarzenegger, Thomas F. Wilson (Biff Tannen dans Retour vers le futur), Le Capitaine Crochet de Dustin Hoffman dans Hook, le Génie d’Aladdin, Oogie Boogie de The Nightmare before Christmas, Buzz l’Eclair dans Toy Story, le requin Bruce de Finding Nemo etc etc.

Indiana Jones

Aussi talentueux soient ces trois grands doubleurs français, ils ne me feront pas oublier leurs autres performances. Ils ne me feront pas croire à un personnage qui a une voix différente à chaque film. Une voix à chaque fois si connue, si souvent entendue, si facilement identifiable. Le doubleur participe de la désincarnation du personnage doublé. Ledit personnage, pourtant tellement iconique parfois, devient alors un archétype, un cliché rangé dans une étagère du cinéma américain vu par les français. Indiana Jones s’enveloppe de la même voix, de la même attitude et de la même caractérisation qu’un Rambo, un chasseur de fantômes bedonnant ou un ranger de l’espace en plastique. Qui n’ont, eux-mêmes, pourtant rien à voir entre eux.
Sans parler de la performance vocale de l’acteur (en l’occurence Harrison Ford) qui part alors en fumée.

L’exemple d’Indiana Jones est daté, mais le problème est toujours d’actualité.
Le doubleur de Robert Downey Junior, par exemple, Bernard Gabay, est aussi la voix de Viggo Mortensen (Aragorn de The Lord of the Rings), Antonio Banderas, Daniel Day Lewis, ou Ben Kingsley (Bagheera dans le Livre de la Jungle de 2016). Sa voix est tellement caractérisée et identifiable que le spectateur est indirectement invité à assimiler Sherlock Holmes à Aragorn ! Pourtant, Robert Downey Junior et Viggo Mortensen sont-ils identiques et interchangeables ? Dans ces rôles, sûrement pas.

Toujours en rapport avec Sherlock Holmes, que dire du Sherlock de Benedict Cumberbatch qui, en français, se voit affublé de la voix de (l’excellent) Gilles Morvan, également doubleur du Comédien dans Watchmen ! Le plus raffiné des détectives qui parle de la même façon que le plus violent des mercenaires ! C’est un manque de respect envers les acteurs, les personnages et leurs auteurs.

sherlock

Ce manque de respect est même devenu dangereusement assumé par certains doubleurs. Dans les années 90, les dessins animés japonais Ken le Survivant et Nicky Larson sont odieusement salis par leurs doublages français : traductions catastrophiques, noms des personnages devenus ridicules (« Adieu, mon p’tit Momo ! »), intonations exagérément absurdes et idiotes. Un des épisodes de What the Cut d’Antoine Daniel est, d’ailleurs, intégralement consacré à ces doublages catastrophiques.

Voix et langues doivent être traitées avec élégance et finesse par les doubleurs. Mais en dépit de ces efforts, il sera toujours impossible de restituer la musicalité propre à une langue étrangère. Dans l’excellent film Apprentice de Boo Junfeng, venu de Singapour, les personnages parlent en Singlish. Il s’agit de l’anglais du Royaume-Uni prononcé avec les accentuations du chinois et incluant des mots chinois et malais. Ce langage particulier saisit l’oreille et donne une authenticité incroyable aux dialogues du film. Il est, évidemment, impossible à reproduire par le doublage.

En parlant de musicalité, il faut aussi prendre en compte que le doublage, en remplaçant les voix des acteurs directement enregistrées lors du tournage, porte également atteinte au mixage et à la globalité de la piste son du film. Il provoque donc des altérations de la musique, des bruitages et des sons d’ambiance.
Ca ne vous suffit pas ? Après la forme, abordons la question du fond.

4. Trahir le fond : De la dangereuse synchronisation labiale à la barrière idiomatique.

« Le doublage devrait être passible de correctionnelle. » Jacques François

Si l’on considère le respect de l’œuvre originale, le doublage est une abomination. Le premier Star Wars, La Guerre des étoiles (devenu plus tard Un Nouvel Espoir) est un monument de terrorisme linguistique dont on ne peut lister toutes les atrocités :

  • R2-D2 devenu D2-R2 (Mais pourquoi ?!)
  • C-3PO devenu Z-6PO (WHY ?!)
  • « The Clone Wars » devenus « La guerre noire »
  • « The Millenium Falcon » devenu « Le Millenium Condor »
  • « The Death Star » devenue « L’Etoile Noire »
  • « Les Stormtroopers » deviennent alternativement « les troupes de choc » ou « les commandos »
  • « Darth Vader » devenu « Dark Vador » (une erreur aujourd’hui indélébile dans la culture populaire francophone)
  • etc etc.

Bien sûr, le doublage ne pouvait pas prévoir le succès de la saga ni même la production d’une suite, alors à quoi bon être fidèle à l’œuvre originale ? Autant transformer « Aren’t you a little short for a Stormtrooper ? » en « Ils recrutent des nains, maintenant, dans les commandos ?« . On a qu’à appeler « Jabba The Hutt » Jabba le forestier ! Hihi ! Allez Gérard, balance la tienne ! Et pis les Blaster des Pistolaser ! Après tout, au point où on en est, fuck la synchronisation labiale !
PAUSE.

Synchronisation labiale. Il s’agit de la synchronisation entre les mots (doublés) qui sortent de la bouche d’un personnage et le mouvement de ses lèvres. Cette synchronisation est nécessaire pour maintenir crédible l’illusion du doublage. Ce devrait être la seule excuse valable pour une traduction infidèle sur la FORME. Dans le cas de Star Wars, on peut pardonner « La Guerre noire », « Le Millenium Condor » ou « L’étoile noire » au nom de cette synchronisation labiale. Mais on ne pardonnera pas D2-R2.

Tout comme je ne pardonnerai pas la traduction de « Il buono, il brutto, il cattivo.« . Les américains ont pourtant bien compris le truc : « The Good, the Bad and the Ugly« . Alors d’où est-ce que les français sortent un Truand ? Tuco n’est pas un truand. C’est un moche ! Il n’est même pas au stade du truand : il incarne la laideur de l’humanité, sa médiocrité vulgaire, basse, malsaine … et touchante. Mais pas un truand. Dans cette traduction, Tuco serait même plus près de la Brute que du Truand, qui serait alors incarné par « Sentenza » (Angel Eyes, en version américaine).

the ugly
Les Western spaghetti sont des cas particuliers. Ils étaient, pour la plupart, germano-hispano-franco-americano-italiens. Des acteurs de multiples nationalités jouaient ensemble et se doublaient eux-mêmes en post-production dans leur langue natale ou une autre. Il n’existe pas vraiment de version originale dans ce cas là. La véritable version originale serait incompréhensible pour quelqu’un ne maîtrisant pas 4 langues différentes. Ce n’est pas un hasard si l’adage : « Traduire, c’est trahir. » nous vient de l’italien : « Traduttore, traditore. ». Littéralement : traducteur, traître.

Mes premiers films en « VO » étaient donc les westerns de Leone. Parce-que je les connaissais par cœur (ce qui n’est pas un gage de mémoire lorsqu’on sait à quel point ces films sont bavards …). Et j’ai pu découvrir à quel point ils étaient mieux compréhensibles en V.O.S.T. Pourquoi ? Parce-que les sous-titres sont plus fidèles que les doublages. Dans Le Bon, le Mauvais et le Moche (j’fais c’que j’veux), la réplique originale : « I want that blond alive ! » est devenue, en français « Ne leur faîtes pas de cadeau !« . Pourquoi transformer une requête spécifique en son exact opposé ? Comment peut-on vouloir démolir à ce point le sens d’une intrigue ? Et les exemples sont nombreux.

Mais une des plus scandaleuses traduc – pardon – trahisons de l’histoire du doublage français vise mes pauvres réalisateurs favoris : Les frères Coen.
Dans The Big Lebowski, comment « The Dude » est devenu, en français, le fucking « Duc » ?! LE DUC ?!
Comment un monument populaire de décontraction, de glande, de lose, de simplicité, dont la valeur anonyme du surnom (« Dude » signifie littéralement « Mec ») est le symbole de son universalité rassurante est devenu un DUC ?!  Un aristocrate ?!
Toujours le même ennemi, tapi dans l’ombre : Synchronisation labiale.

The Dude

Récemment, cette synchronisation labiale s’est prise au piège de la série Game of Thrones où l’explication du nom du personnage Hodor s’est résolument compliquée selon la langue de diffusion de la série … De nombreux sites internet se sont amusés à compiler les astuces les plus grotesques employées pour allier préservation (relative) du sens et synchronisation labiale.

On touche ici à la limite de la VF et du doublage. La préservation du sens est trop souvent sacrifiée au profit de la synchronisation labiale. Bien sûr, dans la plupart des machines commerciales hollywoodiennes calibrées pour une distribution internationale, la traduction « prête-à-doubler » peut se faire sans aucun risque de perte de sens. Vous savez, ce genre de film où, lorsqu’un texte apparaît à l’écran, le personnage le lit systématiquement à voix haute : « Hm. Allégé en matière grasse ? ». Si vous vous demandiez si l’acteur le lisait aussi à voix haute en version originale, sachez que la réponse est oui ! Pourquoi ? Pour donner une indication de jeu au doubleur qui, lui, n’a pas d’autre choix que de lire le texte écrit en anglais pour le rendre compréhensif du public francophone.  Car les éléments de décor sont rarement traduits de l’anglais vers la langue d’exportation du film. Cela nécessiterait de tourner plusieurs fois les scènes, en changeant chaque fois le texte écrit sur tel panneau publicitaire ou telle lettre de chantage jouant un rôle clé dans l’intrigue.
Certains films créent pourtant la surprise, comme le récent Zootopia de Disney qui a su s’exporter astucieusement en traduisant de nombreux éléments de décors ET en modifiant même un de ses personnages en fonction du pays de distribution du film. Ainsi, le présentateur du journal TV est un élan en France, aux Etats-Unis et au Canada, mais un Koala en Australie, un Panda en Chine et un chien viverrin au Japon.

Mais même lorsque le piège de la synchronisation labiale est déjoué, la préservation du sens est-elle toujours possible d’une langue à l’autre ?

L’excellente série animée Archer (dont les 7 saisons sont disponibles sur Netflix) est un super concentré d’humour. Mais 75% de sa force comique réside dans ses jeux de langage. Une des répliques comiques récurrentes de la série est d’ailleurs « Phrasing ! » et sert aux personnages à se moquer d’eux-mêmes lorsque l’un d’eux prononce une phrase qui peut être comprise comme un sous-entendu sexuel. 75% de ces répliques sont mal traduites, à la fois en VF mais aussi en sous-titres. Et elles tombent à plat. Pourtant, il n’est pas question de synchronisation labiale dans un dessin animé. Elle n’est, en tout cas, pas fondamentale. Quel est donc le problème ? Les idiomes.

Les idiomes sont les systèmes linguistiques propres à une culture. Par exemple, « I miss you », que l’on traduit en français par « Tu me manques » est une formulation idiomatique. Elle est propre à la langue anglaise car sa traduction littérale aurait un sens inexact. En effet, sa traduction littérale en français serait « Je te manque. ». Or, cette marque d’affection et de manque ne s’exprime pas de cette façon dans notre culture.
L’humour est très souvent idiomatique. La vulgarité aussi. Le célèbre « Fuck » anglophone peut s’employer indifféremment comme sujet, verbe, complément, adjectif etc. Alors qu’il sera remplacé en français par « merde », « putain », et bien d’autres équivalents selon le contexte de son emploi.

La magnifique série Bojack Horseman (3 saisons disponibles sur Netflix) pose également problème en dispersant de nombreux éléments comiques dans ses décors. Or, ceux-ci ne sont pas traduisibles, que ce soit par le doublage (car aucun personnage ne lit ou ne prête attention à ces éléments) ou les sous-titres (par manque de temps de lecture).

Bojack Horseman

Que dire, enfin, des scènes de films anglophones qui mettent en scène des personnages français ? Dans The Mask, Jim Carrey tente de séduire Cameron Diaz « à la française » : marinière, béret et accent catastrophique à l’appui. En V.F, le french lover devient italien. Même cas de figure dans Spider-man 3 où Peter Parker fait sa demande en mariage dans un restaurant français devenu italien en V.F. Le très mignon « Bon chonce » délivré par Tobey Maguire se transforme en catastrophique « Buona Fortuna » qui envoie se faire foutre même la synchronisation labiale. Et le célèbre personnage des Looney Tunes « Pépé le Putois » doté d’un fort accent italien sur nos écrans de télé ? Il s’appelle, à l’origine « Pépé le Pew » et … il est français.

Quant à Inglourious Basterds de Quentin Tarantino, nous pourrions y consacrer des heures mais il suffit d’en voir la scène d’introduction pour comprendre que sa Version Française est un non-sens absolu.

La solution ultime ? Etre parfaitement bilingue. Et si la V.F ne vous accordera aucune marge de progression, un des autres points forts de la V.O.S.T est clairement l’aide à l’apprentissage d’une langue étrangère. Les étudiants approuvent ce message.

5. Conclusion. VOST et VF : vieille sécession et nouvel espoir.

Nous l’avons compris, la guerre qui oppose les partisans de la Version Originale Sous-titrée de la version française pose de nombreuses questions. Surtout, elle divise.

L’amateur et le puriste.
L’imposteur et l’élitiste.
Le spectateur et le cinéphile.

Ces prises de positions extrêmes ont redéfini les contours du paysage audiovisuel contemporain. Les séries policières françaises écrites par la génération télévision calquent leurs dialogues sur les codes du cinéma américain doublé et déforment ainsi la spontanéité et le naturel de la langue française, au mépris de son identité idiomatique pour un résultat médiocre et emprunté. A l’inverse, la génération « binge-watching », au cinéma ou dans son canapé, avale fièrement films et séries en V.O.S.T et intègre toujours plus d’anglicismes dans ses langages de spectateur comme de créateur. J’en fais partie.

Et pourtant …
Et pourtant, je suis toujours incapable de regarder la trilogie Toy Story en V.O.S.T.
Pourtant, Emmanuel Curtil sera toujours aussi culte que Jim Carrey et Michel Papineschi me manquera toujours autant que Robin Williams.
Pourtant, je regarderai toujours les Simpsons au son des voix du fantastique Philippe Peythieu, de sa géniale épouse Véronique Augereau (respectivement Homer et Marge) et de leurs brillants collègues.
Pourtant, la V.O de « The Nightmare before Christmas » vaudra toujours la V.F de l’Etrange Noël de Mr. Jack.

Philippe Peythieu et Véronique Augereau

La version française est une nécessité éducative.
J’aime le cinéma grâce aux versions françaises et je ne le renierai jamais.

Quant aux répliques cultes, certaines répliques traduites en français ont la même portée culte et populaire que leur version originale.
D’ailleurs, je dirais même que … « Le monde se divise en deux catégories …  Ceux qui regardent en V.O.S.T. Et ceux qui regardent en V.F. Toi, tu … ? »

Nous sommes heureux d’accueillir Dorian dans l’équipe TOP250 qui va réaliser des dossiers et critiques sur vos films et séries préférés. Dorian est un jeune réalisateur autodidacte spécialisé dans la communication. Il est également auteur et réalisateur de fiction (courts-métrages, clips…).
En parallèle, il tient aussi le blog The Big Leblogski.
Son Blog :
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Dorian Masson
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18 Comments

  1. MALCOLM

    20 septembre 2016 à 17 h 17 min

    Merci pour cette article génial !

  2. Marmotte

    20 septembre 2016 à 17 h 19 min

    Je n’ai jamais compris comment on peu préférer le VF, j’aime le point de vue de cette article.

    • Dorian Masson

      26 septembre 2016 à 22 h 52 min

      Je suis pour une législation plus ferme envers cette délinquance qui dégrade le patrimoine cinématographique international.

      😉

  3. Globrocker

    21 septembre 2016 à 9 h 13 min

    Super article.
    Bien sûr qu’il faut les VOST pour comprendre le talent d’un acteur, les dialogues, les ambiances, etc.
    Surtout que les VF sont de plus en plus nazes.
    Ça m’a toujours fait marrer les gens qui adoooorent tel acteur alors qu’ils regardent en VF !
    Le problème n’est pas là.
    Il est intolérable aujourd’hui avec les progrès technologiques que l’on ne puissent pas avoir le choix !
    C’est gonflant de payer un abonnement et de ne pas regarder un film ou une série parce que la VOST n’est pas disponible.
    Les replay de TF1 sont en VF POURQUOI ?
    Il faut laisser le choix aux spectateurs ! C’est tout.

    • Dorian Masson

      26 septembre 2016 à 22 h 53 min

      En cela, pour moi qui ne suis absolument pas « client » du Streaming, Netflix a été une belle découverte 🙂

  4. Laurent

    21 septembre 2016 à 10 h 10 min

    Je suis tout à fait d’accord avec cet article. Je trouve ça très complet, je ne pensais pas que l’on puisse autant développer autour de ce sujet à l’apparence si simple, bravo ! 🙂

  5. François Régis

    21 septembre 2016 à 10 h 27 min

    Regarder un film en VF c’est dénaturer cette oeuvre. point.
    De plus cela aiderait grandement l’apprentissage d’une langue étrangère.
    En Suède tous les films sont en VO, et une grande partie de la population est bilingue.

  6. Marmotte

    21 septembre 2016 à 17 h 34 min

    « I’ll be back » est traduit par « Je reviendrais » dans T1, et « Je vais revenir » dans Terminator 2 (T2). Pour le public FR d’alors, cette phrase culte donc n’existait pas ! Dirty Harry ne redit pas sa phrase culte non plus de la même manière dans L’inspecteur Harry et Magnum Force.

    • Dorian Masson

      26 septembre 2016 à 22 h 55 min

      Bien vu 🙂 je n’y avais pas fait attention. Le manque d’intérêt porté par les adaptateurs pour l’oeuvre originale est aussi un des gros défauts de la VF.

  7. MarionRusty

    23 septembre 2016 à 15 h 49 min

    Article très complet et passionnant, merci! Enfant je voyais la plupart des films en vf, du coup je prends toujours plaisir à voir Terminator ou les Goonies avec le doublage français, mais clairement aujourd’hui je suis toujours en quête de vo dans les salles.

    • Dorian Masson

      26 septembre 2016 à 22 h 56 min

      Merci Marion 🙂
      Etant banlieusard moi-même, je trouve le mot « quête » plus qu’approprié pour qualifier la recherche de salles diffusant les films récents en VOST …

  8. Max

    26 septembre 2016 à 15 h 09 min

    Salut! je viens de lire ton article avec beaucoup d’attention, et j’aimerais y réagir! car même si tu soulèves nombre de points pertinents, je ne peux pas m’empêcher de réagir à d’autres propos qu’il me semble nécessaire de nuancer 🙂

    ALORS!

    je vais commencer avec les doublages de Nicky Larson et Ken le survivant, et ce n’est pas Antoine Daniel qui en parlé pour WTC mais Frédéric Molas dans le Joueur du Grenier 🙂
    ensuite si le doublage de ces séries-là est aussi… particulier ce n’est pas un hasard, il y a meme plusieurs raisons à ça! en effet la chaine avait acheté ces programmes pensant qu’ils seraient populaires, mais lorsqu’ils en ont visionné des extraits ils se sont rendus compte que le contenu était absolument inapproprié a un jeune public, il fallait donc « dédramatiser », voir meme le rendre amusant. pour ne pas créer une génération d’abonnés psychiatriques ^^ de plus le métier de doubleur était particulierement méprisé, meme au niveau économique, ils ont donc poussé le bouchon sufisemment loin pour se faire entendre et qu’on réévalue leurs droits 🙂

    ensuite, il arrive qu’un film devienne culte grace a la VF! et le meilleur exemple qui me vienne n’est autre que Cry Baby de John Waters, et force est de constater que la Vo parait presque fade a coté de la Vf tant celle ci est allée loin dans la logique de Waters, ils ont tant compris le fond qu’ils se sont détachée du mot à mot pour retranscrire une équivalence.
    et finalement c’est peut etre ça la volonté du sous titrage : donner une équivalence.
    car il ne faut pas se leurrer, ce n’est pas le sous titrage qui nous aidera a saisir toutes les subtilités de la langue, comme tu le disais fort justement.
    ceci dit ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit! je préfère de loin voir un film en Vo, mais force est de constater que parfois, lorsque c’est bien fait et que c’est pertinent, le film est amené vers une autre forme, un autre horizon. et meme si c’est moins bien que l’original ça a sans doute le mérité d’exister.
    d’autant plus qu’il ne faut pas oublier une chose : il y a des gens qui ne savent pas lire! des enfants un peu jeunes mais ça compte! tu parlais de Star Wars, eh bien ce serait carrément dommage si on privait les enfants de Star Wars parce qu’ils ne savent pas lire…
    et pour rester dans le pragmatisme, tu parlais des acteurs de doublage, et a quel point ils sont géniaux, il ne faudrait pas qu’ils soient au chomage non plus 😉 ce serait dommage
    voila j’ai encore plein de choses a dire mais c’est deja assez long comme ça x)
    donc non je ne te contredis pas, mais je te propose seulement un point de vue plus nuancé sur la question 🙂

    voila voila je te remercie pour ton article et bonne continuation!

    • Dorian Masson

      26 septembre 2016 à 23 h 06 min

      Merci beaucoup de ce retour très complet, Max.

      Concernant Nicky Larson et Ken le Survivant, c’est effectivement une erreur d’inattention de ma part. Je travaille, en parallèle, sur un sujet en lien avec What The Cut et je me suis emmêlé les stylos.

      En ce qui concerne l’apport « culte » des versions françaises, je peux également donner de l’eau à ton moulin en reprenant les exemples du Parrain et de Scarface dont les voix françaises et les répliques traduites sont, pour le grand public français-francophone, devenues plus cultes encore que les originales. Même la qualité médiocre de l’enregistrement des voix doublées (qui sonnent comme si elles sortaient d’un transistor, parfois) a joué un rôle important en ce sens.

      A propos des nuances que tu apportes, j’aurais pu, évidemment, développer davantage le rôle éducatif de la VF et son importance dans l’initiation des enfants à leur rôle de spectateur et (peut-être) futurs cinéphiles. Star Wars, au même titre que Jurassic Park, Indiana Jones, Retour vers le Futur, sont parmi les premiers films que j’ai vus de ma vie. En VF, bien sur 🙂 et je ne le regrette pas une seconde.

      Quoi qu’il en soit, merci de ton commentaire complet et sympathique. L’article étant déjà long, peut-être pourrons-nous développer à l’avenir dans des échanges live! Peut-être une future option de TOP 250? 😉

      A bientôt.

      • Max

        27 septembre 2016 à 23 h 50 min

        merci à toi avec grand plaisir! 😀

        à la prochaine!

  9. Mohammed Srhir

    11 octobre 2016 à 0 h 34 min

    Merci pour cet excellent article, un régal!

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